AGAPES FRANCOPHONES 2012
284 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 création, à la recherche d’une épiphanie, aux emprises avec le langage et essayant de capter l’essence des choses à travers les mots. Pour construire ses personnages, Henri Thomas s’est inspiré des auteurs qu’il a lus ou des personnes avec lesquelles il a été en contact pendant ses séjours à Londres et aux Etats-Unis. Le professeur Godwin fait références aux préoccupations littéraires d’Henri Thomas, tandis que John Perkins était un voisin de l’auteur lorsqu’il habitait dans la banlieue de Boston, comme il le mentionne sur la quatrième des couvertures du livre : Qui a vécu aux Etats-Unis se souvient du timbre des sonnettes là-bas ; quelques notes très douces, musicales, tranquillisantes ; elles ne réveillent pas les enfants. Ainsi s’annonçait John Perkins, tard dans la nuit. Une petite halte en passant, le temps de dire presque à voix basse, qu’il n’en pouvait plus, qu’il n’avait pas dormi depuis… Je connaissais sa situation ; elle ressemblait à beaucoup d’autres, en somme, mais lui, qu’il était singulier ! 8 Quant à Stéphane Chalier, il s’est inspiré de la biographie de Paul de Man avec lequel Henri Thomas avait été collègue à l’Université Cornell, aux États-Unis. Jacques Derrida, ami d’Henri Thomas et de Paul de Man affirme dans un article qu’un jour, Paul de Man lui avait confié : « Si vous voulez connaître une partie de ma vie, lisez « Hölderlin en Amérique.» 9 (Derrida 2002, 27) Ces personnages puisés dans la biographie de l’auteur sont les acteurs de trois faits divers qui s’apparentent dans une certaine mesure aux romans policiers. Henri Thomas affirme trouver les sujets de ses romans dans des endroits les plus bizarres, comme le métro, par exemple : « pendant longtemps il me suffisait de descendre dans la rue et j’avais des anecdotes. Je n’avais qu’à prendre le métro et surtout le métro de Londres » (Ceccaty 1992, 25). Parmi ses amis, il passe pour un excellent conteur : « le sérieux était la forme d’humour de Thomas ». Il ne fabulait pas (ou presque pas, juste assez pour qu’on ne le crût pas) ; il était le témoin modeste de l’improbable (Roudaut 1975, 182). Le thème commun de la disparition est pourtant exploité sous des tonalités différentes. John Perkins et La Nuit de Londres semblent tournés du côté des ténèbres : leurs actions se déroulent pendant la nuit soit dans un espace clos de la maison, soit dans un espace toujours circonscrit par les murs noirs de la ville dans une atmosphère étouffante qui annonce le mal à 8 Henri Thomas s’amuse à faire remarquer dans une interview accordée à Christian Giudicelli qu’il a même gardé une valise que John Perkins lui avait offerte – une valise de son personnage. 9 Le Parjure avait initialement eu le titre Hölderlin en Amérique – comme le titre de la thèse que Stéphane Chalier part préparer aux États-Unis. Au moment où Paul de Man avait adressé cette réplique à Jacques Derrida, l’affaire de parjure n’avait pas encore été découverte.
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