AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 285 se produire. Par contre, Le Parjure , semble tourné du côté diurne ou lumineux : le paysage champêtre, la randonnée dans la campagne américaine déserte ou le périple dans l’Île de Hag ont tous une connotation paradisiaque et le couple Stéphane-Judith rappelle le couple initial Adam- Eve. Si John et Paddy ne sont plus liés que par des mots qui les désignent en tant qu’époux – un faux couple donc, Stéphane et Judith forment un vrai couple malgré leur union clandestine. Sur les deux couples plane une ombre, celle du troisième personnage quasiment absent de la narration (Jim et Ottilia) mais qui agit comme élément déclencheur de la chute. Dans La nuit de Londres , ce rôle revient au personnage collectif de la foule londonienne – sujet du roman que Paul Souvrault entreprend d’écrire et dont on ne peut extraire une définition exacte. Ces personnages ambigus apparaissent indirectement dans le texte et pourtant ils sont chargés d’une énergie destructrice impressionnante. En observant les personnages thomasiens en général, nous constatons que les caractères mis en scène n’ont rien des héros, au sens classique du terme, mais c’est justement leur simplicité, tout comme la banalité des événements narrés qui permettent un travail sur la singularité des choses. Dans le numéro 30 de la revue « Obsidiane », Max Alhau affirme « Cependant, avec le caractère étrange de ces personnages va de pair celui des événements qui paraissent à première vue d’une parfaite platitude. Mais ne nous y trompons pas : le plus petit acte entraîne des conséquences déterminantes. » (30-31) L’absence de Jim, l’apparition d’Ottilia ou le contact avec la foule déclenchent une crise à l’intérieur de l’individu et de la narration dont la fin reste ambiguë. Devrait-on considérer le départ de John, la fuite de Chalier et la mort de Paul Souvrault des victoires ou des défaites ? C’est ici qu’intervient le rôle du témoin. Dans La Nuit de Londres , Patrick Danaham apparaît dans le texte brièvement et il est présenté plutôt ironiquement. Le personnage principal, Paul Souvrault, reçoit de sa part cinq livres qui pourront lui assurer la fin du mois et qui lui donnent une certaine sécurité et confiance en soi. S’il s’agit de cinq livres, ce n’est pas pour rien parce que l’attention accordée aux chiffres acquiert une valeur particulière dans le récit, comme un souci de clarté : on apprend que Paul à dans sa poche un penny et une clé, il rencontre trois filles, il est à Londres depuis quatre ans, la porte de son immeuble à quatre portes, etc. En général, l’emploi des chiffres dans le récit est censé apporter de l’exactitude, une sorte de preuve matérielle qui soutienne l’histoire. Mais dans La nuit de Londres , c’est à ce niveau même qu’apparaissent les premières hésitations : Paul perd l’unique clé et le penny, il ne sait plus s’il est à Londres depuis quatre ou cinq ans, si Patrick lui a donné quatre livres ou cinq, et semble oublier que sa maison à quatre portes et non pas trois. Tout tourne autour du chiffre quatre (chiffre

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