AGAPES FRANCOPHONES 2012

286 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 symbole de la mort) en variant sur le trois (qui renvoie à la création, à la vie, à Dieu) et le cinq (comme une nouvelle dimension, différente de la vie et de la mort). En effet, tout le récit peut être interprété en faisant référence aux symboles, à partir de la phrase clé de la narration qui figure à l’entrée des tombeaux égyptiens « Passe, tu es pur » (NDL 104) 10 , les références au Kha et au Livre des Morts et jusque à l’association de Patrick Danaham avec Caron, le passeur qui assure la traversée des morts, ou Hermès, le dieu des morts et des chemins, et des trois filles avec Hécate, la déesse des morts, à trois visages dont on plaçait la statue aux carrefours, ou bien avec des Érinyes. Dans le cas de John Perkins , le témoin est le professeur Godwin, un monsieur d’une cinquantaine d’années qui travaille à une thèse sur les caractères et espionne ses voisins depuis sa fenêtre. Sa position face à l’incident est donnée en guise de deuxième variante de la fin et elle est rédigée à la troisième personne du singulier, précédée d’une explication qu’on ne saurait à qui attribuer (un extrait de la thèse de Godwin, une intervention de l’auteur ?) : Il y a un autre dénouement à John Perkins. Si je le donne ici ce n’est pas à titre de variante ou d’exercice de style, mais parce que l’hésitation fait partie essentielle de l’histoire. John Perkins à l’instant où, penché vers la fenêtre du sous-sol, il entend cette phrase “ils ont mis les chats dans la baignoire”, est momentanément hors d’état de choisir sa réponse à une situation aussi imprévue que choquante. Le corps, l’état de forces en lui, l’inconscient ou on veut appeler tout ce qui ne sera pas décision claire, détermineront cette réponse. Entre la violence offensive et la fuite, John ne peut vaciller longtemps, mais ni lui ni l’auteur n’ont su, à cet instant précis, dans quelle direction il sera jeté. Cette ambiguïté est commune à la vie et au roman, du moins à certains romans que pour cela nous disons vivants. Dans la vie réelle cependant il n’y a jamais, et tout de suite, qu’une solution, supprimant tous les possibles. (JP 141-142) La deuxième fin n’apporte rien au cours des événements et on reprend l’histoire à partir du moment où John entend le mensonge sur le nombre des chats, brise les vitres de l’appartement de Dorothy, monte l’escalier en fracassant divers objets, trouve sa femme morte, prend ses 10 Paul Souvrault prononce cette phrase dans le taxi, lorsqu’il se trouve accompagné par con collègue, Paul Danaham, qu’il décrit comme il suit :« Celui-ci ne joue pas au gentleman, il imite autre chose ; c’est un poète, un conférencier, un brillant professeur de l’Institut français. Mais je l’ai vu alors qu’il n’imitait personne, sur le trottoir là-bas ; il sait très bien que je l’ai vu mais comme lui aussi croit qu’il m’a surpris – le manège de la cigarette, il a vu cela sûrement – nous sommes quittes. […] – Vous voici sauvé, dit-il. –Et vous ? – Et moi aussi, - bientôt – tout à l’heure, une fois passé le pont de Battersea. – Sauveur sauvé, dis-je. Le taxi prend un virage abrupt ; c’est ma rue ; j’ajoute très vite : - Au pont de Battersea, la voix vous dira : Passe, tu es pur… » (NDL 103-104)

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