AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 287 affaires et s’en va. Pendant ce temps, le professeur essaie de travailler sans faire trop attention aux bruits. Bien que mené à la troisième personne du singulier, le discours indirect – libre laisse entrevoir que cette deuxième fin donne une interprétation personnelle aux événements. Peu indigné par le comportement de John, le professeur Godwin semble plutôt dérangé par l’attitude de Paddy: « Quelle indolence, quelle incurie! Le professeur Godwin se surprit une fois de plus en train de haïr cette femme qu’il ne connaissait pas. » (JP 151) Le professeur remarque Paul Dale, l’homme que John avait vu déshabillé sur le lit de Dorothy, revenir vers la maison parce qu’il avait perdu son portefeuille contenant des pièces d’identité et des photos, risquant ainsi de se faire interroger par la police. C’est Paul Dale qui appelle la police justement pour éviter une situation embarrassante qui aurait découvert ses activités insensées : Cette bouche d’où aurait pu sortir son secret à lui, Paul Dale, il la fermerait; il rendrait nul tout ce qu’elle pourrait dire. Que Perkins ait volé le portefeuille après avoir brisé les vitres à coup de pied, c’était le début d’une de ces crises dont on trouverait des témoins (l’homme à la fenêtre éclairée, il doit y être encore). (JP 156) On appréhende John à Boston, ivre, pendant qu’« il essayait d’entraîner deux filles dans sa Ford pour les emmener, criait-il, dans un motel du Cap Cod où l’on n’a pas besoin de certificat de mariage. » (JP 157) La seule différence que cette deuxième conclusion marque par rapport à la première c’est l’hypothèse, presque la certitude, que John y reviendra un jour : « Quelqu’un est revenu et reparti durant la nuit, évidemment c’est John Perkins. S’il est revenu, pensa Godwin, il reviendra, bientôt. La justice n’a rien relevé de grave contre lui ; sa femme était morte depuis au moins une demi-heure quand il est entré dans sa chambre. » (JP 161) Il est probable que le professeur Godwin a raison dans ses hypothèses mais de nouveau un petit détail jette le trouble dans l’interprétation du récit : d’après Godwin, la chambre où la lampe restait toujours allumée appartenait à John : « la chambre où une petite veilleuse était allumée près d’un lit défait était celle de John Perkin ; ils faisaient donc chambre à part, cela expliquerait que Paddy Perkins ait pu s’évanouir et même mourir dans la chambre voisine avant que son mari se fût aperçu de rien. » (JP 162) Or, cette chambre avait appartenu à Jim, à croire la première partie. Le témoignage n’épargne donc rien, ne change rien, l’inévitable – la mort de Paddy et la fuite de John – se produisent et sont le seul dénouement possible. Mais ce témoignage introduit un doute sur la réalité et la vérité des faits. Ce n’est pas pour rien que le témoignage nous est proposé à partir du moment où un mensonge est prononcé. Ce petit détail sur lequel bute le récit agit comme un croc, une fine crevasse dans la réalité

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