AGAPES FRANCOPHONES 2012

288 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 qui se propage et finit par créer une faille au niveau du texte et de la capacité de représentation du langage. Il va de même dans le cas du Parjure . « Mais à ce moment dont je parle (l’opération) je ne savais pas que la Police de l’Immigration avait découvert ce qu’ils ont appelé le faux témoignage de Stéphane Chalier : une seule ligne d’un formulaire rempli par Stéphane dans le bureau des mariages de Tucson, Arizona. » (P 72). Nous apprenons aussi que le personnage-narrateur, pour secourir Stéphane Chalier, dit à la commission qui enquête le cas qu’un rapport-confession sera écrit par Stéphane. Mais celui-ci refuse d’écrire un rapport qui explique ses actions et le déculpabilise et relègue au narrateur de le faire, s’il le veut absolument. Comment écrire une confession à la place de quelqu’un ? Et comment écrire un rapport justificatif pour ce qui est une culpabilité évidente ? La seule possibilité serait de refuser l’explication et disparaitre : Mais disparaitre n’est pas répondre à une question précise (le faux serment) ! Il n’y a aucun rapport entre les deux, ce sont deux ordres de choses différents ! C’est bien ce que j’affirme aussi – et si je ne m’en tiens pas là, c’est que je ne suis pas Chalier, mais seulement quelqu’un proche de lui, et que je peux donner une explication dans la mesure où ma situation n’est pas tout à fait la sienne – ce ne sera donc qu’une explication approchée. Tout de même, j’ai conscience aussi de ce qu’il y avait absolument clair dans l’histoire de Chalier, ou plutôt d’absolument direct. Je ne pourrais même pas commencer de le défendre, sans cela. Mais à cause de cela également je me rends compte à chaque instant que mon “plaidoyer” n’est vraiment qu’un pis-aller, à côté de l’évidence qui n’a aucun besoin d’être défendue. Comme Chalier avait besoin quand il m’a dit qu’il m’incombait de faire le rapport ! C’était beaucoup plus juste qu’il ne le pensait (car il me parlait par humeur, et ne s’en est pas souvenu quand je le lui ai rappelé). Je n’ai pas à rédiger ce rapport, car je trouve que je suis moi-même le rapport entre mon Chalier (s’il lisait cela, quel méchant petit sourire il aurait !) et les autres, à commencer par leurs Commissions diverses… (P147-148) Et, puisqu’écrire un tel rapport n’est pas possible, nous pouvons lire quelques lignes plus loin : « Je suis le rapport qu’on attendait, le rapport confession ! Je raconterai tout ce que je sais, et puis je dirai : “Maintenant je m’efface ; à partir de là je ne sais plus rien, il y a autre chose. ” » (P 148) Ce que le narrateur comprend par autre chose reste une énigme, un pan de réalité suspendu qui n’est pas accessible immédiatement et qui ne se laisse pas nommer. Pourtant, le récit même que nous lisons pourrait représenter cette autre chose parce qu’il fonctionne comme un rapport-confession impossible. Tout comme dans le cas de John Perkins , ou de La Nuit de Londres , le témoignage ne change rien au cours des événements – ce n’est pas là l’intention du texte : « En un sens, on était sans pitié : il l’avait voulue cette

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