AGAPES FRANCOPHONES 2012
296 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Certains mots me ravissaient, pour la troublante douceur de leur suffixe qui introduisait de l’inachevé et un sourd élan de désir dans leur sens : “flavescence, efflorescence, opalescence, rubescence, arborescence, luminescence, déhiscence…”. ( CMA , 70) Mots de substitution de la filiation, ils germent au point où le jeu lexical devient créatif. En manque d’amour maternel – le plus souvent, les questions restées sans réponse de Laudes sont adressées à la mère –, Laudes finit par forger un lexème à valeur compensatoire : Ils désignaient un processus en train de s’accomplir, très intimement, secrètement… et j’avais forgé un mot sur ce modèle : « amourescence ». Dans l’espoir que par la magie de ce vocable neuf un peu d’amour naîtrait dans le cœur évanoui de ma mère, et dans le mien, tout encroûté de larmes et de colère. ( CMA , 70) Si l’« amourescence » tant rêvée n’arrive jamais à terme, Laudes-Marie trouve le repos dans la solitude imposée à sa naissance et qu’elle finit par désirer et par conquérir. Vivre en paix avec cette solitude, c’est vivre en paix avec elle-même, dans le repos du regard – elle n’a qu’un poste radio – et le silence d’un tête-à-tête avec un Dieu tout aussi esseulé qu’elle. Mots de transfert Cette dissolution de la solitude individuelle dans la solitude d’un Dieu pressenti ou bien accepté au-delà de toute validation est le dénouement de plus d’un récit où Sylvie Germain exploite le filon spirituel de la quête mystique. Classée par Dominique Viart parmi les « nouveaux mystiques » (Viart ; Vercier 2008, 347-352), l’auteur, puisant aux sources du judaïsme et du christianisme, est la porte-parole, sur le papier, d’une nouvelle alliance entre l’homme et Dieu. Sceller cette alliance équivaut à une réconciliation entre le haut et le bas, à travers la prise de conscience de cette relation en tant que besoin individuel, mais aussi divin. Ce qui intéresse, c’est le développement d’une interrogation où le mot Dieu renvoie moins à une entité toute-puissante et davantage à une divinité déchue de sa gloire, vulnérable dans sa solitude. Dans ce dialogue où Dieu reste en permanence muet, l’homme se réduit à une voix perdue dans un désert silencieux. Cependant, une fois amorcée, l’interrogation se poursuit de manière tenace chez les personnages qui achoppent sur le sentiment de nécessité spirituelle. La voie n’est jamais lisse, mais souvent interrompue et jalonnée d’instants de renoncement. Heureusement, sa reprise est assurée grâce à des rencontres de hasard et des dialogues qui donnent une nouvelle impulsion au questionnement, tout en stimulant l’attente d’une révélation intérieure. Dans cette situation, rencontrer l’Autre, c’est frôler le mystère, car ces occurrences sont presque toutes caractérisées par l’insolite. Le plus souvent, l’existence des protagonistes est circonscrite à la ville, ce qui
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