AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 299 dans le regard de son visiteur la même émotion éprouvée par lui-même lors de la prise de photo. La parole et le « langage silencieux » mis à part, il existe également une situation où la vie intérieure est bouleversée à partir d’un texte écrit et offert à la suite d’une rencontre. Ainsi, Prokop reçoit un jour la visite inopinée de Monsieur Slavík, son ancien voisin. Venu lui remettre un cahier contenant une histoire fantasque, il agit en passeur de mots… de passage. La nouvelle, sans titre, mais que Slavík dédicace à son chien, traite de son propre parcours spirituel. Le ton du texte est souvent prophétique, messianique. Son chien est perçu comme un guide dans cette démarche et, de plus, comme un « compagnon des Anges ». ( Im , 165) Intercesseur malgré lui, Chien (c’est bien le nom que lui donne son maître) le conduit « en vérité à travers l’immensité du dedans ». ( Im , 164) C’est ainsi que Slavík tombe sur les traces de Dieu, sur les traces de son absence qu’il ne se lasse désormais de suivre, en homme-chien priant incessamment. Ainsi, après la mort de son compagnon de route, Slavík affronte les années qui lui restent avec courage, engagé qu’il est sur un chemin qui ne peut mener qu’à la source d’une « lumière pure ». ( Im , 168) Effectivement, le texte opère un transfert de révélations mystiques dont quelques-unes sont communes aux deux hommes, comme celle du sacré camouflé dans le profane, dans la mesure où l’existence ici-bas laisse pressentir le mystère de l’invisible. Malgré cette pléthore de rencontres – auxquelles s’ajoute une sortie avec ses deux enfants, pas moins chargée de sens et d’espoirs cachés –, l’odyssée réflexive de Prokop n’aboutit à aucune certitude. Dieu reste le grand Absent, le suprême Inconnu, et ce n’est qu’en abandonnant toute question et en renonçant à tout désir de validation que l’on parvient à accepter les immensités de la potentialité divine. Il n’est donc pas anodin que le périple de Prokop, en dépit de tous les transferts de sens, de toutes les résonances des mots de passage, ne puisse aboutir qu’à un renoncement engendré par l’absence de toute parole. C’est en écoutant la musique prodiguée par Viktor dans le tram, un hymne du vivant offert à l’univers entier, y compris à Dieu, qu’Il y prête ou non l’oreille, que Prokop Poupa achève son errance, par l’abandon à l’existence incertaine de Dieu. Si « Au commencement était le Verbe » ( La Bible de Jérusalem ; « Saint Jean » 1, 1), la Création s’achève en silence. Rencontres et mots de la mise en abyme de soi Pour d’autres personnages, tel Nuit-d’Ambre du livre éponyme, la spiritualité est une découverte tardive, à valeur expiatoire à la suite d’un meurtre. Jusqu’à la révélation, il passe son existence de jeune homme en rupture avec les siens. Tombé dans un état de quasi-abandon parental après la mort de son frère aîné, il aspire à se défaire des liens qui l’arriment au
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