AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 301 Nuit-d’Ambre un miroir caricatural de ce vers quoi il marche ». (Goulet 2006, 70) Mise en miroir, mise en abyme, elle se réalise par un discours embrouillé, mais dont le leitmotiv est la solitude du Moi sur fond d’absence de généalogie (le personnage semble préfigurer la situation de Laudes- Marie). Si Charles-Victor (Nuit-d’Ambre) se révolte contre sa mère, Ornicar déplore son abandon : « Ma propre mère ne m’a jamais trouvé. Sitôt né, sitôt disparu ! Pour tout vous dire, moi-même je ne suis jamais arrivé à me mettre la main dessus. » ( NA , 222) Aveugle, le protagoniste du roman le reste jusqu’à la perte de son nouvel ami, dans l’âme de qui, pourtant, « le sentiment d’absence à soi-même et au monde ne faisaient que s’aggraver ». ( NA , 224) La chute de ce dernier a lieu suite à une dénonciation « à sa propre mémoire, – à l’impossibilité de sa mémoire » ( NA , 226), par l’intermédiaire du geste banal d’un enfant le montrant du doigt. Ornicar se voit démasqué, il n’est qu’un imposteur ayant « nidifi[é] dans le néant ». ( NA , 227) C’est justement le néant qui fonctionne comme métaphore pour l’existence déracinée de Nuit-d’Ambre – dans l’impossibilité, malgré son exil, de trouver le repos et l’équilibre. Tout au contraire, il les perd complètement lorsqu’il fait la connaissance de Roselyn Petiou – « adolescent malingre » ( NA , 259) à « petite voix de fausset pleine d’hésitation » ( NA , 264), garçon à l’enfance brisée depuis la mort de sa mère folle souffrant d’anémophobie. Cette rencontre brasse des mots qui blessent. Le regard que le jeune mitron pose sur Paris est « à l’opposé de celui de Nuit-d’Ambre ; il avait le regard d’un pauvre, d’un homme-enfant qui souffre d’être si seul parmi la foule et qui mendie discrètement, passionnément, la reconnaissance et l’affection des autres ». ( NA , 265) Mais son histoire n’est pas sans rappeler celle du protagoniste, surtout du côté parental : Une mère tout aussi folle que sa mère à lui, poussant les mêmes cris, – comme des ronces dans le cœur de son fils, et un père aussi faible que le sien, se racornissant subitement dans son corps sous le coup du veuvage. Roselyn parlait aussi souvent d’une jeune femme nommée Thérèse ; il la connaissait depuis l’enfance, du temps où elle venait régulièrement en vacances dans son île. Il en parlait comme d’une sœur, une sœur aînée, aimée sans jalousie. Et cela aussi renvoyait Nuit-d’Ambre à sa propre histoire, à Baladine. ( NA , 269) Si Ornicar présentait à Nuit-d’Ambre un miroir caricatural, Roselyn Petiou lui présente « un double inversé de lui-même, un curieux négatif » ( NA , 269) que le jeune révolté ne peut admettre. C’est la raison pour laquelle il tient sa promesse de mettre à mort celui qui lui rouvre la plaie de mémoire. Le crime contre Roselyn devient ainsi massacre de l’innocence, mise à mort de la mémoire reniée, de la mémoire devenue corps, et dénouement d’une tragédie à retardement en trois actes : la mise en alarme et l’indifférence, l’évidence et la confrontation avec ses propres démons.
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