AGAPES FRANCOPHONES 2012

318 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 2. Rétrécissement de sens Le fait que les mots d’origine étrangère sont transférés dans une situation contextuelle bien précise, et non pas dans toutes leurs réalisations de la langue-source, explique pourquoi, dans la plupart des cas, ces lexèmes sont empruntés avec un sémantisme rétréci, ce qui veut dire que l’on n’emprunte qu’une seule signification, alors qu’ils en possèdent deux ou plusieurs dans la langue-source. Ce phénomène engendre la non- concordance sémantique entre les langues participant au processus d’emprunt. Le rétrécissement de sens s’effectue de plusieurs manières :  réduction du nombre de significations,  rétrécissement de sens par élargissement du sémème,  rétrécissement de sens par limitation de sème, et,  rétrécissement de sens par changement de niveau dans le champ lexical. Le rétrécissement de sens s’effectue le plus souvent par réduction du nombre de significations. Ainsi dans la langue serbe baget (fr. baguette ) signifie tout pain long et mince d’environ 300 grammes, tandis que dans la langue française c’est en premier lieu un petit bâton mince et allongé, souvent flexible, servant à des usages variés d’où, par analogie de forme, le nom du pain. Dans les deux langues, les lexèmes français brioche et serbe brioš désignent une pâtisserie à base de farine, d’œufs, de lait et de levain. À la différence du serbe, en français on retrouve encore une signification dans la langue familière, conçue par analogie (‘ventre proéminent’). Le modèle dragée et la réplique dražeja renvoient à la confiserie formée d’un noyau dur comestible enrobé d’une couche mince de sucre durci et poli. Pourtant, le serbe n’a pas emprunté l’autre signification de son modèle français appartenant au domaine de la médecine, de la pharmacie – ‘dragées vermifuges’. Il en est de même avec les lexèmes fr. compote / ser. kompot qui partagent une signification (‘entremets de fruits, cuits généralement avec de l’eau et du sucre, présentés entiers, en morceaux ou écrasés’), tandis qu’en français on en retrouve encore une n’existant pas en serbe (‘ensemble (de choses abstraites) confus, fade ou parfois agréable’). De toutes les significations du modèle français croissant , la réplique kroasan n’en connaît qu’une seule liée au domaine gastronomique et créée par métonymie (‘petit pain, pâtisserie dont la pâte est roulée en forme de croissant’). La réplique serbe kornišon n’a pas la même largeur de sens qu’en français où, à part la signification commune (‘légume qui, confit dans du vinaigre ou du sel, sert de condiment pour les viandes froides, la charcuterie, et entre dans la préparation de certaines sauces’) ce lexème

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