AGAPES FRANCOPHONES 2012

408 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 roumain cuvânt qui provient du latin conventus « assemblée, réunion, assises » et conventum « convention, pacte, accord » (Gaffiot) montre que l’on se place ici dans un autre contexte qui peut être écrit ou oral et qui témoigne de la richesse des trois langues et des connotations qu’elles recèlent. Ce mot existe aussi en albanais et en néogrec et signifie "conversation", ce qui est très proche du sens roumain. On notera la présence en albanais, en dialecte gheg. kuvênd , en dialecte tosque kuvënt « assemblée, monastère, conversation, dialogue, mot, parole » ; voir aussi le mot latin convenio « venir ensemble » 2 . Un dernier exemple comparatif concerne terme et termen qui viennent tous deux du latin terminus « borne, limite » et qui correspondent à la désignation d’un mot dans son sens précis (à comparer avec les mots roumains ţă rm, ţă rmure « rive marge, surface étendue », du latin * termulus ). L’origine commune de terme et termen , et de bien d’autres, illustre la théorie de la circulation des mots car nombreux sont les éléments du lexique, en particulier roman, qui sont issus des liens que la population autochtone a eus avec les peuples qui les entouraient ou qui sont venus à leur contact au premier rang desquels se trouvaient les peuples grec et latin. Il va sans dire que ces rapprochements volontaires ou fortuits, de plus ou moins longue durée, au cours de siècles, ont modelé les langues qui ont, à ce point, évolué que, de dialectes issus d’un parler latin différencié, elles ont contribué à sa fragmentation pour, ensuite, lui permettre de se diversifier et de devenir des langues indépendantes, sous l’effet d’un contexte et d’une conscience propre à chaque communauté. La théorie de la circulation des mots était, notamment, chère à Bogdan Petriceicu-Hasdeu (1984) – ainsi que, plus tard, à Alexandru Graur – qui justifiait, sur la base d’études des livres plus anciens, son utilisation par la difficulté dans un certain nombre de cas de remonter à une seule et unique étymologie, tant les contacts entre les peuples avaient entraîné des mélanges qui s’étaient traduits aussi au sein même des mots par des modifications phonétiques, morphologiques (changement de la graphie de voyelles ou de consonnes ; apparition de diphtongues, disparitions de géminées etc.) et sémantiques (accroissement ou réduction de sens). Ce sont ces différentes catégories de modifications qui entrent en jeu, en principe, dans les mécanismes d’adaptation des mots français lorsqu’on passe à une langue étrangère et, notamment, au roumain. Ceci était vrai au XIX e siècle, période d’apogée de l’influence française et, notamment, en 1851, date d’élaboration du Dision ă ra ş de cuvinte tehnice ş i altete greu de în ţă les de Teodor Stamati qui constitue l’un des premiers ouvrages qui fasse état de l’existence de termes d’origine française dans le lexique roumain. 2 Cette comparaison avec l’albanais et avec le latin ţă rm, ţă rmure nous est offerte par notre collègue, A. Chircu (Cluj-Napoca).

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