AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 409 Une autre particularité de ce dictionnaire est, justement, que ses entrées (au nombre de 4290) sont accompagnées de la référence étymologique, quand l’auteur la connaît (par exemple, [298/22] Arsenal , fr . : arm ă rie, locul unde se fac ş i unde se ţ in armele ). Mis à part le fait qu’il existe certaines omissions ou coquilles ([239/18] Apatic ; [685/49] Ghilotin ă , [43/4] Agricultor , etc.) dont il est important de cerner l’origine, l’auteur fait justement apparaître des absences de choix et fait quelques tentatives visant à établir des doubles étymologies. Ces deux points montrent la difficulté d’appréhender la question de l’étymologie avec certitude, ce dont le lexicographe Teodor Stamati fait par ailleurs état dans la préface de son dictionnaire. Après vérification, il s’avère que cette double, voire triple étymologie s’explique par un certain nombre de motifs, parmi lesquels la coexistence dans la période antique de deux zones d’influences prépondérantes que sont la grecque et la romaine. Celles-ci, à partir de localités consacrées, se sont étendues, sous la forme d’Empires, de manière plus ou moins pacifiques, en coexistant aussi entre elles et en s’affrontant parfois (ère romaine en Grèce en 1204). Les hégémonies ont évolué au gré des temps, de nouveaux pouvoirs (Hongrois, Slaves, en particulier, puis Saxons) sont apparus et ont entraîné la fragmentation des zones d’influences premières, par notamment cette diversification du latin qui, mélangé à la langue autochtone du lieu, a permis de faire apparaître, par la suite, les langues romanes. Puis, ces nouvelles forces ont contribué à isoler celles qui se trouvaient le plus à la marge, comme la Dacie, par exemple, lui conférant une originalité spécifique d’île de la latinité et un intérêt indubitable pour l’étude de la linguistique comparée des langues romanes. Certains dialectes anciens (s’agissant du domaine français, on parle originellement de dialectes de langue d’Oc et de langue d’Oïl) ont réussi mieux que d’autres et sont devenus des langues nationales, grâce à leur vitalité, à leur capacité à innover et à se régénérer, et à la conscience de leurs locuteurs d’appartenir à une même communauté linguistique. Ceci va de pair avec un patrimoine littéraire commun puisque, ainsi que le disait M. Eminescu, il existe un haut degré d’identité entre un peuple et sa langue, à tel point que, tel un Grigore Vieru ou un E. Cioran, on est en droit d’avancer que les plus forts sentiments et émotions sont ressentis, avant tout et souvent en première intention, dans la langue maternelle. S’agissant d’Emil Cioran, il a adopté la langue française et l’a apprivoisée, jusqu’à ses derniers instants (on sait qu’à ce moment-là il s’est à nouveau tourné vers sa langue maternelle. Cf., à ce sujet, l’article de V. Rusu « Cioran, l’étranger-métèque des Carpates face à la langue française », dans les CER n°7 (8-9). Néanmoins, dans d’autres cas, l’on s’aperçoit que l’usage de la langue maternelle de l’interlocuteur illustre aussi le souhait de participer à
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