AGAPES FRANCOPHONES 2012
410 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 cet élan du cœur qui accompagne les plus forts sentiments, dans un souci de respect vis-à-vis de celui à qui on s’adresse. Ceci varie bien entendu en fonction du milieu dans lequel on évolue et c’est bien pour cela que l’appellation « passeurs de mots » est particulièrement intéressante, du fait des connotations auxquelles elle peut renvoyer. En effet, un « passeur » peut être une personne ou un objet ou encore une notion. Il peut s’agir d’une action ou d’un résultat neutre sans engagement, mais, dans bien des cas, l’on note une véritable implication dans un but normatif, didactique, culturel ou encore sociétal. Que l’on prenne le quidam ou le linguiste, le lexicologue ou le dialectologue, par exemple, chacun d’entre eux sera amené à un moment donné à effectuer un choix dans l’usage de ses mots, en fonction de son degré de maîtrise de la langue, dans un contexte précis qui illustrera des prises de positions. J’ajouterais que, même dans le cas où une formulation semble neutre ou ambivalente dans la langue source, le fait même de permettre cette possibilité relève d’une option prise par l’auteur qui devient, dans le cas du poète, un virtuose de la langue. Je vais revenir un peu plus loin sur les dictionnaires eux-mêmes en tant qu’outils de spécialisation et de manifestation des caractéristiques intrinsèques du lexique. Le cas des locuteurs issus de personnes de langues maternelles différentes ou qui ont changé, de gré ou de force, de contexte linguistique à un moment donné de leur vie, est important à évoquer. Dans bien des cas, malgré la volonté de l’entourage familial, scolaire ou culturel, il est difficile de maintenir à niveau égal deux langues, qui plus est dans tous les registres, car il s’opère un phénomène de spécialisation induit par le locuteur, par ses proches ou par les spécificités de chacune des deux langues ou encore par des facteurs extérieurs. Le plurilinguisme s’entend donc souvent davantage comme une aptitude à parler différentes langues que celle à les maîtriser de manière uniforme, quels que soient le contexte, la période et le niveau de langue. C’est vrai pour le français et cela l’est également pour les autres langues, notamment romanes, ne serait-ce que par l’existence d’une part des normes linguistiques et d’autre part de ce que l’on appelle des « licences » qui consistent en la faculté, pour les natifs, d’utiliser des constructions spécifiques, parfois plus anciennes, en leur donnant un nouvel attrait et en changeant leur registre habituel. Les natifs sont également amenés à créer des néologismes par l’agencement de certains préfixes, radicaux et suffixes de manière plus harmonieuse ou « coulée », si je puis dire, qui n’apparaîtraient pas comme naturelles aux autres (par exemple, « surnaturel » sera choisi en lieu et place de « supra-naturel », etc.). En effet, en dehors de l’apprentissage et du don des langues, apparaît aussi la connaissance innée d’une langue qui échappe souvent aux non
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=