AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 411 natifs du fait de mécanismes plus ou moins inconscients qui les ramènent à la langue maternelle. La langue française est, comme on le sait, une langue romane, issue du francien (dialecte de l’île de France) qui a coexisté avec d’autres, avant de se développer d’abord dans l’aire d’oïl, puis dans le reste de la France – supplantant ainsi d’autres langues, telles que le provençal, notamment –, et enfin dans d’autres pays. L’influence française, dans les pays roumains, est ancienne, puisqu’on note dès le XII e siècle l’existence d’une bibliothèque à Igri ş , dans la région de Timi ş , créée par des moines cisterciens. Elle s’explique par divers facteurs, telles que la parenté linguistique avec le roumain, et l’attirance qu’a suscitée la France, notamment au moment des Lumières et du règne de Louis XIV. Cette influence a emboîté le pas à l’italienne, présente vers la fin du XVIII e siècle, et qui a marqué une continuité avec le courant latiniste, à tendance étymologisante, et un renouveau, après des siècles de courants orientaux et slaves. Puis, le français, d’abord indirectement, puis directement, a pris l’avantage par le biais des Grecs, durant le régime phanariote et, notamment, Alexandru Ipsilanti, et des Russes, durant la période où a été instauré le règlement organique. Au milieu du XIX e siècle, cette influence atteint son apogée, ainsi qu’en attestent bon nombre d’ouvrages ou de revues. Elle a contribué, elle aussi, après l’Italie, considérée comme le berceau de la latinité, à ce qu’on appelle une relatinisation de la langue roumaine, par la mise en valeur de la richesse des racines gréco-romaines, présentes en particulier dans les mots, mais également dans bon nombre de préfixes et de suffixes, qui se retrouvent dans la plupart des langues, en particulier, romanes. Le poids des médiateurs tels que les Grecs et les Russes a été important car ceux-ci ont permis, à côté des voyages et des échanges qui ont existé, de favoriser une meilleure connaissance de la culture française, qui était par ailleurs enrichie par ces intermédiaires. C’est un point sur lequel il faut également insister, à mon sens, étant donné que, quand on parle de transmission par des locuteurs, plus ou moins professionnels, agents consulaires, Cours princières, structures d’enseignement, précepteurs, modèles militaires et juridiques, entre autres, il apparaît que, là aussi, cette transmission n’est pas toujours neutre. En effet, cette dernière résulte bien évidemment aussi de l’interprétation faite par le locuteur – qui peut avoir été témoin ou partie prenante dans le déroulement de l’action qu’il présente – et des apports ou restrictions du fait de la censure ou du contexte social ou politique. L’apport de la révolution française et des idéaux de « liberté, égalité, fraternité » témoignent de ce rayonnement à l’étranger, mais, ainsi que le montre, par exemple, le dictionnaire de T. Stamati, au point de vue lexical et sémantique, certains mots subissent des amoindrissements sémantiques (cf., notamment bastille, guillotine), du fait des répercussions de ce mouvement et des différents régimes en place à l’époque.
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