AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 423 quelque chose. Elle ne nécessite pas d’entrée d’énergie et pour maintenir une situation d’état il ne faut pas d’effort (Comrie 1976, 49). Expliquant les particularités des classes aspectuelles, le sémanticien américain R. Jackendoff (Jackendoff 1991, 1992, 1996) analyse d’abord les caractéristiques conceptuelles des catégories ontologiques majeures, parmi lesquelles, entre autres, on compte l’État et l’Événement. Ces caractéristiques conceptuelles apportent des éclaircissements sur la structure des situations verbales d’état et R. Jackendoff souligne que les classes aspectuelles se distinguent par leur structure temporelle. Un état , en tant que catégorie conceptuelle existe et juste indique la location d’une entité dans le temps, à la différence des événements dont le déroulement est lié au temps. C’est-à-dire, un état n’est pas lié à la composante temporelle, alors qu’un événement l’est. Comme un état n’a pas de structure temporelle inhérente, il ne progresse pas et peut être décrit par le trait [-DIR] 2 , à la différence des événements qui ont une structure temporelle inhérente et progressent dans une direction définie, ce qui peut être marqué par le trait [+DIR]. Un état peut durer un instant ou une certaine periode, qu’on marque par les traits [DIM0D] – états vus dans les points du temps ou [DIM1D] – états qui durent (Jackendoff 1991, 1996). Sur le plan syntaxique, les situations verbales d’état se distinguent par des caractéristiques qu’on repère en français et en serbe 3 : 1. L’une des caractéristiques des situations verbales d’état est l’absence des formes qui indiquent le déroulement 4 . Comme les états justement indiquent l’existence et la location d’une entité, ils ne sont pas liés à la progression dans le temps. En français le déroulement est exprimé par la périphrase verbale être en train de +inf . On constate que des phrases avec cette périphrase et des situations verbales d’état ne sont pas acceptables, comme par exemple : (1 a) *Jean est en train d’être grand. 2 Dans son étude de la sémantique conceptuelle, R. Jackendoff introduit les traits de dimensionnalité et de directionnalité [DIM] et [DIR]. Le trait de dimensionnalité [DIM] renvoie à la structure conceptuelle d’une entité (un point est conceptualisé comme 0- dimensionnel, une ligne comme 1-dimensionnelle, une surface comme 2-dimensionnelle et un volume comme 3-dimensionnel), alors que le trait de directionnalité [DIR] indique si un axe 1-dimensionnel suit une direction ou orientation [±DIR] (Jackendoff 1991, 29-30). 3 Pour notre analyse des caractéristiques syntaxiques des situations verbales d’état en français et en serbe nous nous appuyons sur le travail de D. Dowty (1979, 55). 4 Dans la typologie de Vendler (1967), élaborée sur une analyse de la langue anglaise, l’un des tests déterminant les quatre catégories de verbes (verbes d’état, d’activité, d’accomplissement, d’achèvement) est justement le test du progressif. Les verbes d’activité et d’accomplissement, qui prennent le progressif, s’opposent aux verbes d’état et d’achèvement, qui ne le prennent pas.

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