AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 427 fois virtuelle et effective ) » (Charaudeau 1992, 453). Par cette caractéristique d’exprimer un processus hors du temps, le présent générique se rapproche conceptuellement de la structure temporelle des situations verbales d’état, qui, elles aussi, n’expriment que l’existence et la location d’une entité, sans progression dans le temps. C. Smith souligne que dans beaucoup de langues, l’interprétation des verbes au présent va dans le sens de l’expression d’activités habituelles, sauf si dans la phrase on ne trouve pas un complément adverbial précisant que l’action se passe au moment de l’énonciation (Smith 1991, 40). Indiquant des procès duratifs non bornés, les situations verbales d’état se rapprochent conceptuellement, non seulement du présent, mais de l’imparfait aussi. B. Comrie souligne que les concepts de statisme et d’imperfectivité se combinent naturellement (Comrie 1976, 51). En français, on le constate, les situations verbales d’état peuvent être aussi exprimées par l’imparfait de l’indicatif. Comme le présent, l’imparfait marque la durée et il comprend une certaine extension temporelle sans indiquer le début ni la fin du processus. L’imparfait marque que l’action verbale est antérieure à l’acte de l’énonciation du sujet parlant et en même temps il joue un rôle de référence actuelle. Il peut être défini comme le présent transposé dans un moment qui n’est pas actuel par rapport au moment de l’énonciation (Charaudeau 1992, 462). En serbe, les situations verbales d’état aussi sont très souvent exprimées par le présent. On remarque aussi que les verbes d’état en serbe sont plutôt des verbes imperfectifs : biti, imati, posedovati, želeti, voleti, mrzeti, znati, verovati , donc des verbes qui indiquent un procès sans désigner son début ni sa fin. Certains verbes possèdent des formes perfectives, comme par exemple, zavoleti, zaželeti (poželeti), zamrzeti, zaposedovati, saznati (doznati), poverovati . Il faut souligner, cependant, que ces formes indiquent le plus souvent le commencement d’un état et sont alors considérées comme inchoatives 7 . Il n’existe pratiquement pas de formes qui indiqueraient la fin de l’état, comme par exemple *dovoleti, *domrziti, *doželeti (le suffixe do- indiquant la fin d’un procès en serbe), sauf le verbe ostati 8 . 7 B. Comrie note que le commencement ou la fin d’un êtat comprennent des éléments dynamiques et que dans beaucoup de langues les verbes d’états n’ont pas de formes perfectives (Comrie 1976, 50). 8 Il faut quand même noter que dans les deux langues, en français et en serbe, on trouve des verbes tels que grandir – rasti, vieillir – stariti, jaunir – žutiti , ayant des caractéristiques morphologiques ou syntaxiques spécifiques. En serbe, ces verbes ont des formes perfectives (narasti, ostariti, požutiti) et en français leurs participes passés peuvent se combiner avec les auxiliaires avoir – pour marquer l’action progressive et être – pour exprimer l’état (il a grandi/il est grandi, il a vieilli/il est vieilli, il a jauni/il est jauni) . L’une des explications de ce fait pourrait être pragmatique : ces verbes indiquent des procès comprenant une certaine évolution naturelle qui mène vers un changement. Ce changement représente un certain résultat, en même temps le commencement d’un nouvel état.
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