AGAPES FRANCOPHONES 2012

440 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 menace et prière (v. 5) deviennent des verbes dans la traduction). Ensuite, la deuxième personne au pluriel remplace la formule impersonnelle de l’un et l’autre (v. 6) ; pour exactement retraduire ces vers, il faudrait dire : « Si vous parlez, si vous vous taisez » ( Und ob ihr sprecht, und ob ihr schweigt , v. 6). Dans les deux derniers vers, en revanche, seulement un pronom est ajouté, mais différent d’une version à l’autre. Dans la version française, c’est Carmen elle-même qui décrit sa façon de tomber amoureuse : Et c’est l’autre que je préfère, / Il n’a rien dit, mais il me plaît (v. 7-8). En allemand, le texte caractérise l’amour en général qui « choisit au gré de sa fantaisie et aime celui qui reste muet » ( Nach Laune sie den erwählet/ Und heftig liebt, der stumm sich zeigt (v. 7-8). Refrain La mélodie du refrain est typique de la langue française : grâce à l’ oxytonisme – l’accent placé sur la dernière syllabe – le mot le plus important de l’opéra tout entier, « amour », se greffe parfaitement sur les sons les plus aigus de cet air. Certes, le mot désignant ce grand sentiment en allemand, « Liebe », est également composé de deux syllabes, mais comme la prosodie naturelle de la langue ne permet pas de mettre l’accent sur la deuxième syllabe, il est nécessaire de raccourcir ce mot pour laisser la place à l’article défini « die » (v. 9). Deuxième couplet Encore une fois, l’original et la traduction sont différents en termes de catégorie grammaticale. Le français applique une tournure nominale ( enfant de , v. 10) alors que l’allemand se décide pour la tournure verbale stammet (v. 10 ; en français : « est issu de »). Aussi, le traducteur trouve une solution assez élégante pour rendre le procédé de style – une hyperbole dans la version originale : jamais [jamais] (v. 11) – en la transformant en pléonasme de loi (v. 11) : Recht [...], Gesetz und Macht (v. 11 ; en français : « droit, loi et pouvoir »). À ce paragraphe traduit assez librement suivent deux vers (ensuite répétés par le chœur) qui demeurent pratiquement tels quels, sauf dans le texte cible où il faut employer l’image du feu ( entflammet , v. 12 ; en français : « être ardent (d’amour) ») pour maintenir la disposition des rimes. Troisième couplet L’oiseau métaphorique du début revient à la fin dans les deux versions. Pourtant, il se révèle être agent actif dans les paroles françaises alors que son homologue allemand n’a que la fonction d’un complément d’objet direct – den Vogel [...] gefangen (v. 18 ; en français : « capturé l’oiseau »). En plus, le terme « capturer », comme utilisé dans la traduction, est plus spécifique que le surprendre (v. 18) dans le texte original qui a une

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