AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 441 signification plus vaste et dont la connotation est moins brutale. De nouveau, nous pouvons justifier ce choix de vocabulaire par la nécessité des rimes (il faut absolument imiter le français surprendre – attendre , v. 18 et 20), même s’il est nécessaire d’intensifier le sens pour faire marcher la rime gefangen – Bangen (v. 18 et 20 ; en français : « attendre anxieusement »). En revanche, dans le deuxième vers du troisième couplet, c’est le français qui emploie une tournure verbale ( Battit de l’aile et s’envola , v. 19) tandis que le traducteur transforme les verbes traduisant l’idée de rapidité en substantifs ( Ein Flügelschlag – ein Augenblick , v. 19 ; en français : « un battement des ailes, un instant») tout en rendant l’impression de vitesse et de fugacité produite par le passé simple à travers une phrase saccadée et incomplète composée uniquement de deux noms avec leurs articles (cf. v. 19). Nous avons mentionné déjà plusieurs fois le fait que la traduction adéquate d’un procédé de style représente un vrai défi ; c’est pourquoi on ne tient pas rigueur au traducteur d’avoir changé les membres de la phrase afin de garder le chiasme, c’est-à-dire que la structure croisée des mots loin – attendre – n[...]’attends plus – là (v. 20-21) ne se retrouve pas dans les verbes allemands mais dans les pronoms personnels Er – du – du – er (v. 21-21 ; en français : « il – tu – tu – il »). Dans la traduction, un fait nous frappe : dans l’original, lorsqu’il n’y a que le pronom (par exemple dans la proposition il est là , v. 21), le lecteur n’est pas capable de distinguer s’il s’agit de l’amour ou de l’oiseau qui le représente, alors qu’en allemand, l’oiseau a certes un sexe grammatical masculin, mais l’amour ( Liebe ) est féminin, ce qui rend impossible toute confusion. Une autre différence se cache dans la traduction de la tournure adverbiale tout autour (v. 22) qui devient une tournure nominale, un « cercle » ( Kreise , v. 22). Le texte original joue avec les assonances de vite , vient , va , revient ce qui n’est pas possible en allemand. Alors, le traducteur se débrouille en substituant le jeu de son à un parallélisme introduit par la répétition (une anaphore, en plus !) de l’adverbe [b]ald (v. 23 ; en français : « des fois (il est loin), des fois (il est proche) »). Malheureusement, le traducteur n’a pas trouvé de solution pour rendre le procédé de style qui règne les deux derniers vers du couplet. De nouveau, nous découvrons un chiasme tenir – évite – éviter – tient (v. 24- 25). Au lieu d’utiliser seulement deux verbes, l’allemand en a besoin de quatre pour garder les rimes. En outre, l’oiseau ne fait pas qu’éviter la personne désignée par « tu », mais « il s’enfuira » ( er wird entfliehen , v. 24), un verbe qui est plus expressif que celui de départ. Pour compenser, le syntagme qui correspond au vers il te tient (v. 25) est plus faible en allemand car il ne signifie pas plus que « à la volée, il est là » ( flugs ist er da , v. 25). Dans le dernier vers, le français et l’allemand échangent les rôles en inversant le cliché (qui, pourtant, est souvent valable) que l’allemand
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