AGAPES FRANCOPHONES 2012

442 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 adore les auxiliaires de mode et n’hésite pas à les employer régulièrement. Cette mauvaise habitude pose de grands problèmes aux Allemands qui s’astreignent à traduire des textes allemands vers d’autres langues qui n’ont pas ce penchant. Cette fois-ci, c’est l’allemand qui laisse tomber l’auxiliaire veux (v. 25) et le traduit simplement par : Weichst du ihm aus (v. 25 ; en français : « si tu l’évites »). Bilan Cette analyse a montré que le traducteur d’un opéra ne doit pas seulement affronter les difficultés liées au métier de traducteur – la compréhension complète de l’intrigue, du vocabulaire, des sous-entendus et de la stylistique du texte de départ – mais il lui faut résoudre beaucoup d’autres problèmes. Le genre du théâtre se trouve plus proche de la poésie que de la prose, par conséquent, la plume de l’auteur doit être conservée, il n’est pas souhaitable d’abandonner les procédés de style qui, d’habitude, sont compliqués à traduire. Des fois, un style élégant a même la priorité et le contenu est presque secondaire. Certes, la traduction doit rendre fidèlement le sens de l’original, mais s’il fallait choisir entre une traduction fidèle et peu élégante et une traduction libre et esthétique, on privilégierait la mélodie de la langue. Une chanson est une pièce d’art et, en tant que telle, est au service de la beauté du son. Mais une bonne traduction doit aussi correspondre aux exigences sur le plan structural poétique comme les rimes, s’il y en a, le mètre, le rythme (qui s’impose par la musique accompagnant le chanteur) et bien d’autres : « La soumission à l’intrigue et au texte [...] [l]es questions de forme musicale, de prosodie et de métrique constituaient, à côtés des enjeux dramaturgiques et idéologiques [...] un autre défi [...] ». (Bara 2009, 74) En effet, c’est la musique qui demande le plus de travail au traducteur. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles Carmen est aussi populaire chez les chanteurs que chez l’auditoire : le français est une langue naturellement mélodique, ce qui rend la parole presque chantante. Les mots finissent souvent par des voyelles (phonétiques) et les consonnes se prononcent, elles aussi, plutôt doucement. Tous ces arguments permettent de qualifier le français de langue du chant. Malheureusement, l’allemand est connu pour avoir un son assez saccadé et plus dur, un fait qui résulte de son penchant pour les consonnes, particulièrement à la fin des mots. Maintenant, les vraies difficultés qu’ont affrontées les divers traducteurs du livret de Carmen ont été mises en lumière. C’est sûrement un défi de mettre en miroir deux langues si différentes et d’imiter le son de l’une au moyen de l’autre.

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