AGAPES FRANCOPHONES 2012

446 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Notre but est de mettre en évidence l’importance cruciale du traducteur, non seulement comme « passeur » 2 de mots (Delisle et Woodworth 1995 : 39, 77, 137, 193 lui assignent des rôles multiples : guide, médiateur, intermédiaire, évangélisateur, bâtisseur de langue, artisan de littérature nationale, diffuseur de connaissances, acteur sur la scène du pouvoir, etc.), mais aussi comme ambassadeur culturel, dans la mesure où il réussit à transmettre un système de valeurs culturelles et de les implanter dans une autre langue-culture. Par l’analyse que nous proposons, nous désirons rendre hommage à Alain Paruit, un traducteur de langue française de tout premier rang, bilingue parfait, qui a inscrit dans son palmarès plus de 80 traductions publiées par les grandes maisons d’édition françaises. Il a manifesté un intérêt particulier pour les écrivains roumains modernes et notamment pour les dissidents, parmi lesquels Dumitru Tsepeneag et Paul Goma dont nous analyserons l’avant-propos et le premier chapitre du roman Din calidor / «Le calidor». 2. Hybridité de la traduction Il est incontestable que le traducteur a eu, de tous temps, un rôle important dans la réception d’une œuvre littéraire et dans la transmission d’une série de valeurs nationales qui, grâce à la traduction, sont entrées dans un fond commun, universellement partagé. Le texte traduit n’atteint jamais le statut d’œuvre autonome, parce qu’il est toujours associé à un autre texte rédigé dans une langue différente : sa nature est palimpsestique, il est « […] le substrat spécifique sur lequel peut se construire, de manière pertinente, la lecture culturelle de l’ouvre en traduction » (Risterucci- Roudnicky 2008, 14). Or, en traduction, le problème essentiel concerne la confrontation du Même et de l’Autre, parce que, comme montré par Ladmiral (1994, 16) « […] à strictement parler, le texte-cible n’est pas le même que le texte original, mais il n’est pas non plus tout à fait un autre ». Le jugement de valeur d’une traduction est alors basé sur un examen attentif et une confrontation quantitative et qualitative de l’original et de la traduction. Il est donc nécessaire de prendre en compte les deux plans (interne et externe) de l’œuvre littéraire pour voir dans quelle mesure ils sont rendus de façon similaire et/ou comparable dans l’autre langue. D’où la nécessité d’envisager l’hybridité textuelle d’une traduction, mélange insolite de deux cultures différentes, endroit de tensions, de confrontations, de frictions et de divergences de penser, de sentir et de s’exprimer. 2 À l’avis de Meschonnic (1999, 17), le passeur est une métaphore complaisante, parce que ce qui importe n’est pas de « faire passer. Mais dans quel état arrive ce qu’on a transporté de l’autre côté ».

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