AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 451 étranger doit disposer d’un certain niveau de culture générale pour le situer correctement dans l’espace et dans le temps, ou bien le traduire, l’acclimater dans l’autre culture pour faciliter la compréhension au lecteur étranger ? Dans le second cas, le traducteur a la possibilité de « […] suivre les conventions, exploiter les finesses de la langue originale, renvoyer à des réseaux intertextuels par connivence ». (Risterucci-Roudnicky 2008, 30) C’est exactement ce qu’Alain Paruit fait lorsqu’il opte pour garder le mot calidor du titre original, pour la résonnance insolite de ce mot qui n’est ni roumain, ni grec, ni tout à fait russe. Il ne retient aucun des synonymes possibles de calidor ( galerie, péristyle, colonnade ou véranda ), termes plus connus, plus familiers et préfère pourtant cet emprunt, même si le sens du mot est opaque pour le lecteur natif comme pour l’étranger. Si l’auteur en a fait le symbole d’un endroit parfait, initiatique et privilégié d’où l’enfant découvre le monde, une sorte de point d’observation sécurisé, le traducteur en fait un objet mystérieux, totémique, dont la force réside dans la capacité de réunir la famille et de la garder unie, à l’abri des traces laissées par le passage du temps et des vicissitudes de la vie. En fait, ce qui les distingue c’est la focalisation : si pour Alain Paruit le calidor est le Thème, pour Paul Goma il est un Locatif et la preuve en est l’emploi de la préposition composée din ( de + în ), dont l’équivalent français du est spécialement peu parlant. Pour augmenter le suspens et aiguillonner la curiosité du lecteur étranger, Alain Paruit renonce au sous-titre o copil ă rie basarabean ă [trad. litt. une enfance bessarabienne] qui figure sur la page impaire, à l’intérieur du roman, et qui offre une explication utile au lecteur roumain, l’aidant à s’orienter sur le genre du roman. La traductrice anglaise Angela Clark se sert d’un titre métaphorique, My Childhood at the Gate of Unrest 3 , le calidor étant totalement neutralisé par l’emploi de gate /porte, entrée. Mais, en gros, ce titre est assez suggestif pour l’atmosphère inquiétante et agitée que vit l’enfant lorsque sa famille commence les préparatifs pour l’expatriation, une fois que les Russes envahissent la Bessarabie, pour échapper à la russification et aux déportations dans les goulags sibériens. Par ailleurs, c’est le même choix pour une traduction très libre du titre que fait le traducteur italien Davide Zaffi, l’identité de l’œuvre se perdant complètement, le calidor ne figurant même pas comme allusion culturelle. Nel sonno non siamo profughi [trad. litt. Pendant le sommeil nous ne sommes pas des refugiés] met plutôt en évidence le fort sentiment de dépaysement des transfuges bessarabiens qui n’ont pas toujours été reçus à bras ouverts par leurs frères roumains et qui ont eu besoin d’un état de rêve pour se sentir à l’aise, chez eux, en sûreté, 3 Notre traduction : Mon enfance au bord du désordre.
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