AGAPES FRANCOPHONES 2012
454 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 référence explicite à l’époque décrite par l’auteur, caractérisée par la terreur exercée par les bolcheviks sur la population bessarabienne et par les formes d’association dans des coopératives agricoles de production, les fameux kolkhozes. Ces mots, entrés depuis longtemps dans un fond culturel commun, sont utilisés comme tels par l’auteur Paul Goma et par le traducteur Alain Paruit, mais avec des graphies différentes, adaptées aux systèmes orthographique et phonétique spécifiques au roumain ( bol ş evici , colhozuri ) et au français ( bolcheviks, kolkhozes ). Le traducteur aurait pu utiliser des mots plus généraux, comme communiste et coopérative agricole , mais alors la référence culturelle à la Russie communiste aurait été gommée. Au mot moscal (< Moscou), variante de muscal , Alain Paruit donne l’équivalent plus général de Russe, ce nom pouvant désigner en roumain l’ethnie soit de façon neutre, soit de façon péjorative. Paul Goma l’utilise dans le sens de l’occupant. On remarque la même tendance à employer un terme plus général pour rendre un sens particulier dans la traduction du mot pravoslavnic : « Rusul tot rus r ă mâne : zgârii oleac ă coaja lui de savietic, dai de pravoslavnic…» (1993, 20)/ « Le Russe, il reste Russe : grattez un brin son écorce de Soviétique et dessous vous trouverez de l’orthodoxe…» (1987, 16), qui, à part le sens de orthodoxe , en a également d’autres : croyant, pieux, dévot relativement aux Russes. Parfois le traducteur va plus loin que l’auteur. Ainsi, Paul Goma parle de cedarea [trad. litt. la cession] de la Bessarabie aux Russes, alors qu’Alain Paruit utilise le mot annexion (1987, 13), un équivalent fonctionnel du mot roumain (cf. Reiss, 2009 :147). Si la cession implique la renonciation à la possession d’un bien, d’un territoire, etc., l’annexion suppose l’incorporation par violence, donc une différence de vision sur les méthodes utilisées par l’Union Soviétique pour spolier les Roumains d’un territoire qui leur appartenait. 2.2.3. Toponymes et anthroponymes Dans presque tous les cas Alain Paruit garde la graphie roumaine des toponymes et des anthroponymes locaux : le village natal de l’auteur s’appelle Mana, ce « nombril du monde » (1987, 9), ensuite il mentionne la ville de Iasi, de Fàlticeni 12 , et les batailles contre les Allemands de Màràsesti, Oituz et Casin 13 , où la Roumanie a « enterré la fleur de sa jeunesse » (1987 :19) ; y figurent également le nom du fils de l’auteur, Filip, de ses voisins, le père Iacob et la tante Domnica, et il n’oublie pas le Prut, « maudite rivière dont le lit sépare les frères » (1987, 8). 12 Nous avons respecté la graphie de l’édition française. 13 Idem.
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