AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 455 Seules les grandes régions historiques ont une graphie et une prononciation “à la française” comme la Moldavie, la Bucovine du Nord et la Bessarabie, de même que les villes très connues telle Saint-Pétersbourg. 2.2.4. Parlers locaux et allusions culturelles Les parlers locaux des habitants de la Bessarabie, avec des inflexions particulières et une tendance marquée à mouiller les consonnes et à allonger les voyelles font la saveur du style de Paul Goma. Ce sont notamment les gens du village, représentés par Iacob et Domnica qui, par leur façon d’articuler certains mots, donnent de la couleur locale au texte, ce qui rend la transposition en français extrêmement difficile : — Bine-a ţ i vinit, daraghie tovar ăş ’, ob ş tea m-o trim ă s de s ă v ă spui, de la inim ă , c ă muuuul’ v-am mai a ş teptat ! Ş i, s ă ş ti ţ ’ : n-am fost premare, numai oleac ă di delegat, c ă Mana noastr ă -i c ă tun ă , nu comun ă …» (1993, 20) / — Bienvenue à vous, camarades 14 , toute la communauté m’envoie vous dire que ça fait ben longtemps qu’on vous attend. Et sachez que moi, j’étais point maire, rien que délégué, et que notre Mana est rien qu’un hameau, pas une commune…» (1987, 17). C’est notamment ce goût du terroir qui se perd et qu’Alain Paruit essaie de compenser en utilisant des mots et des structures familières ou populaires (par exemple il crée l’appellatif môssieu le Directeur (1987, 16) pour rendre le mot roumain domn ţă tori (1993, 18), résultat de l’amalgame des mot domn [monsieur] et înv ăţă tor [instituteur], mais, malheureusement, il n’utilise pas le patois d’une région française pour restituer quelques-unes des caractéristiques du roumain parlé en Bessarabie. De même, les mots russes estropiés dans le parler des Bessarabiens, l’une des sources de l’humour sain des paysans de la région, sont rendus dans une langue standard où la connotation originale se perd : rivalu ţ îia (1993, 13) est rendu par la révolution (1987, 12), burjuii (id.) par les beaux messieurs (id.), cioloveci (1993, 16) par les cosaques (1987, 14). Comme l’admet Umberto Eco (2006, 178), la traduction culturelle intègre une « référence fausse », résultat d’un pari sur le sens de l’œuvre qui doit produire le même effet sur le lecteur étranger. C’est toujours au traducteur d’assumer des risques et de subir les conséquences de ses décisions, parce que tout ce qui porte le sceau du « culturel » implique des pertes sémantiques et stylistiques qu’il doit bien peser avant de faire son 14 Les italiques figurent uniquement dans le texte d’Alain Paruit et constituent une mise en évidence d’une structure russe déformée en roumain, mais par laquelle le père Iacob, en tant que représentant du village Mana, veut gagner la bonne volonté des conquérants soviétiques.

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