AGAPES FRANCOPHONES 2012
460 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 notre article les éléments qui marquent la trace de l’Autre et leurs fonctions dans la bi-langue traductive. Nous aborderons également la question du statut du traducteur et de la place qu’il occupe dans le processus de traduction. En vue de cette analysé, notre choix s’est porté sur le roman La Nuit sacrée (Prix Goncourt, 1987) de Tahar Ben Jelloun et sur sa version roumaine Noaptea sacr ă (2008), dans la traduction de Gabriela Ab ă lu ţă . 2. Présentation du corpus En 1985, dans L’Enfant de sable , Tahar Ben Jelloun imaginait l’histoire étrange d’Ahmed/Zahra, fille d’un père qui, humilié par l’absence d’un héritier mâle, oblige sa dernière-née à endosser une identité masculine et, ce faisant, à vivre dans l’ambiguïté et le mensonge. La Nuit sacrée reprend l’histoire de Zahra, qui, libérée du fardeau de cette identité « trouble et vacillante » 1 à la mort du père, pendant La Nuit du Destin, essaie de (re)construire son identité. La narration, assumée par Zahra elle- même, est une fascinante rétrospection poétique, à la limite du réel et du rêve, du conscient et de l’inconscient. Toutes les expériences (initiatiques) du personnage – la rencontre avec le Cheikh, le viol, la vie avec le Consul et l’Assise, la prison après le meurtre de l’oncle, les violences subies en prison sur l’ordre de ses sœurs, les retrouvailles avec le Consul à la frontière de la vie et de la mort – sont placées sous le signe du tragique, de l’impossibilité d’échapper à un « destin sans joie, sans vérité, sans désir » ( NS a, 47). L’histoire de Zahra « ressemble à la vérité » ( NS a, 6), le lecteur étant ainsi averti d’emblée qu’il se trouve dans une fiction qui, malgré la présence d’une série de repères créant l’illusion d’un certain ancrage spatial, n’a pas du tout un aspect réaliste. En outre, l’absence des repères temporels, fait que tout semble possible à tout âge, à travers les âges : « j’ai traversé le pays et les siècles » et aussi labyrinthique que la destinée de la narratrice. Ce caractère intemporel du récit donne l’impression que seule l’histoire et la voix qui la raconte comptent et demeurent. L’essentiel de la narration dans La nuit sacrée est défini, à notre avis, par « l’ampleur de la misère tragique où végète le corps féminin ainsi que [par] la profonde unité de vision qui sous-tend l’écriture poétique de Tahar Ben Jelloun ». (Maazaoui 1995, 68) 3. Pour la bi-langue Le concept de bi-langue est créé par Abdelkébir Khatibi, qui l’utilise pour la première fois dans la « Lettre-préface » au volume La violence du 1 Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée , Paris, Seuil, collection « Points », 1987, p. 6. Dorénavant le titre français sera désigné par le sigle NSa , tandis que le titre de la version roumaine par NSb , suivis du numéro de la page.
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