AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 461 texte. La littérature marocaine de langue française , de Marc Gontard, pour le développer ensuite dans Amour bilingue ou dans Maghreb pluriel . Myriam Suchet note que, dans la vision de Khatibi, il s’agit d’une langue d’écriture « traversée par la langue maternelle, de telle sorte que l’une comme l’autre sont audibles de manière simultanée. Si les deux langues se superposent, en effet, c’est sans jamais se résorber l’une dans l’autre ». (2009, 38) Khatibi insiste, d’ailleurs, dans « Bilinguisme et littérature » (in Maghreb pluriel 1983, 186) sur le caractère irréductible, singulier, rigoureusement autre de la bi-langue. Dans Abdelkebir Khatibi, l’écriture de la dualité, Abdallah Memmes envisage, à son tour la bi-langue, comme « une sorte de troisième langue entre le français et l’arabe, le résultat de leurs rapports en abyme et de leurs confrontations dans le même être ». (Memmes 1994, 100, apud Jablonka 2010, 3). Lise Gauvin, discutant le problème du choix linguistique des écrivains francophones, remarque l’importance majeure de la création du concept de bi-langue par Khatibi. Celui-ci aurait permis à l’écrivain marocain de surmonter « un certain dualisme de la pensée qui consistait à discuter le problème de l’écriture maghrébine en terme de choix entre la langue française ou la langue arabe » (Gauvin § 20) et de transformer les oppositions entre les deux langues « en interaction dialogique : de l’autre dans la langue il passe à l’autre de la langue, cette troisième langue à laquelle aspire tout écrivain ». ( Ibidem ) En ce qui nous concerne, nous considérons la bi-langue un concept- clé dans la traduction littéraire, pour trois raisons. D’abord, la bi-langue, par son hybridité, est elle-même basée sur un processus de traduction et d’échange permanent entre deux langues : « La langue “maternelle” est à l’œuvre dans la langue étrangère. De l’une à l’autre, se déroulent une traduction permanente et un entretien en abyme, extrêmement difficile à mettre au jour » (Abdelkebir Khatibi, in Gontard op. cit ., p. 8). Ces échanges la soumettent à une métamorphose continuelle, la rendent instable et, par conséquent, difficilement maniable. La bi-langue est une provocation permanente, autant pour l’écrivain, que pour le lecteur ou pour le traducteur. Deuxièmement, le concept est une provocation pour les théoriciens de la traduction, et Khatibi insiste sur la nécessité d’identifier de nouvelles voies d’approche des textes bilingues et plurilingues en traductologie, faute de quoi les textes maghrébins risquent de demeurer opaques : « Tant que la théorie de la traduction, de la bi-langue et de la pluri-langue n’aura pas avancé, certains textes maghrébins resteront imprenables selon une approche formelle et fonctionnelle. » ( Ibidem ) Il nous semble même que le concept lui-même commence à être un peu daté et que, en fait, celui de
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