AGAPES FRANCOPHONES 2012

462 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 pluri-langue serait plus adapté à définir la relation complexe des langues en contact. Troisièmement, ce qui accroît la difficulté de l’appropriation et de la traduction est le fait que la bi-langue est, à la fois, « une autre », une entité matérielle, concrète, mais, en même temps, et peut-être paradoxalement, elle est en elle-même relation, processus, grâce auquel et par lequel les langues se redéfinissent constamment. 4. Quel traducteur pour la bi-langue ? Dans son article, « Du passeur à l’agent de métamorphose : étude exploratoire de quelques représentations du traducteur littéraire », Denise Merkle s’arrête sur : le traducteur-passeur théorisé par Henri Meschonnic, le traducteur médiateur et herméneute représenté par la figure d’Hermès- Mercure, le traducteur citoyen-soldat, le traducteur interculturel, le traducteur-accumulateur, le traducteur transculturel de Patrick Chamoiseau, le traducteur comme agent de métamorphose de Michael Cronin (2007, passim ). La conclusion de Denise Merkle, à la suite de ce qu’elle appelle un bref « exercice de conceptualisation », est que du traducteur passeur au traducteur agent de métamorphose c’est le type et le degré de contact « inter »culturel qui varient. Le traducteur passeur, citoyen-soldat ou interculturel en mesure de composer avec deux ensembles de systèmes symboliques, négocie la différence. Généralement, il se contente de franchir les frontières de sa langue et de sa culture pour visiter l’autre, mais rentre chez lui après avoir trouvé ce qu’il lui faut. Il privilégie sa culture et sa langue étant donné qu’il s’y identifie étroitement. Il opère consciemment le transfert entre le texte de départ et le texte d’arrivée pour ensuite insérer le produit traductif dans sa culture. » (Merkle 2007, 319) En revanche, Merkle observe que les traducteurs qui se retrouvent dans “l’entre-deux” ou dans le troisième espace vivent dans une zone où les deux se recoupent ; ils sont sensibles à la temporalité et sont ainsi amenés à reconnaître le caractère illusoire, fantasmatique, des cultures nationales. Ces traducteurs ne s’identifient pas clairement à une seule culture ; ils se laissent transformer ». ( Ibidem , 319) À partir de ce constat de Denise Merkle, nous pourrions affirmer que la tâche de traduire la bi-langue ne peut être assumée que par un traducteur pluriculturel et transculturel, qui dépasse la logique binaire de l’entre-deux langues ou de l’entre-deux cultures. Nous nous plaçons ainsi sur la position d’Édouard Glissant qui considère que ce qui devrait intéresser le traducteur est à la fois l’être de la langue, mais également la relation de la langue à toutes les langues possibles. Le processus de

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