AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 463 traduction, par conséquent, est envisagé dans la perspective de la poétique de la relation définie par Glissant. Ce qui est intéressant dans les langues, [affirme-t-il], c’est le rapport à toutes les langues. Et il me semble que la relation n’essaye pas seulement de reproduire dans une autre langue l’être d’une langue première, mais elle essaye de découvrir les schémas de fonctionnement de la relation de toute langue à toute langue. C’est pour cela que je pense que la traduction aujourd’hui est un élément primordial d’exercice littéraire parce qu’elle a une fonction qui n’est pas une fonction comprimée, très techniquement spécialisée, mais qui est une fonction poétique générale du rapport de toute langue à toute langue. Par conséquent, la traduction devient un art en soi, avec son champ qui est non pas le champ des langues, mais le champ du rapport des langues. (2011 § 2) Cette affirmation d’Édouard Glissant nous semble un point central dans le renouvellement de la conception de la traduction, que l’écrivain envisage comme un art primordial. On pourrait avancer, à partir de cette conception du processus traductif, que le champ du rapport des langues est le troisième espace dans lequel agit le traducteur, à l’intersection d’influences langagières et culturelles multiples. Un espace de l’hybridité, de la multiplicité, où le traducteur est l’instrument qui capte, accumule, transforme, se transforme, créé une relation nouvelle entre les langues, mais aussi, un nouvel imaginaire de cette relation. Car, selon Glissant, la créativité du traducteur ne réside pas dans le transfert des contenus, qui est un processus « mécaniciste », qui ne produit pas de relation, mais la translation des poétiques, « c’est-à-dire la translation des images formelles de la langue » ( Ibidem § 8). La créativité se donne libre cours dans la création d’un imaginaire, dans l’expression d’une conception réelle de ce qui se passe à ce moment-là entre deux langues, bien sûr, mais entre deux langues en présence des autres langues » […] Quand on traduit de l’ineffable, quand on traduit de l’indicible, les trucs d’équivalence ne suffisent pas, il faut un imaginaire du traducteur qui invente quelque chose de nouveau par rapport aux trucs d’équivalence d’une langue à l’autre. ( Ibidem § 3) Si l’on accepte, avec Glissant, que « la poétique de la relation n’est jamais bi-quelque chose, elle est toujours multiple quelque chose » ( Ibidem § 14), on aboutit à l’essence de tout processus d’écriture ou de traduction, surtout de traduction de la bi-langue, placés sous le signe du pluriculturel et du transculturel. Nous voudrions prolonger l’exercice de conceptualisation de Denise Merkle, évoqué ci-dessus, en associant cette fois le traducteur transculturel à la figure d’Argus. Le traducteur-Argus serait cet être lucide, attentif à capter toutes les influences, linguistiques ou culturelles, venant des directions et des sources les plus diverses, à assimiler, pour ensuite les
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