AGAPES FRANCOPHONES 2012
464 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 redéployer, des sens multiples, à exploiter les possibilités infinies des langues, mais attentif aussi à ne pas se tromper, à ne pas faire de faux pas, à ne pas trop nuire aux langues ou aux textes en contact. 5. Les traces de l’Autre. La bi-langue en traduction À la lumière de ce que nous avons a affirmé précédemment, la traduction du roman de Tahar Ben Jelloun où « implicitement présente […], la langue arabe travaille le texte français en envoyant un univers de signes, de sèmes et de symboles qui sont totalement étrangers à l’univers mental français » (Ahnouch 2004, 128, apud Jablonka, 5) a exigé du traducteur la création d’une nouvelle bi-langue, où l’arabe travaille de la même façon le texte roumain, cette fois, et où le lecteur puisse percevoir clairement le rapport entre les langues en contact. Car il était évident qu’essayer de gommer toutes les différences aurait mutilé le texte. En outre, la traduction de la Nuit sacrée montre, selon nous, que la question de l’appartenance du traducteur à une culture nationale, au moins lorsqu’il s’agit de traduire la bi-langue, est secondaire. Et cela parce qu’on traduit pour une communauté langagière, et non pas pour une nation. Le texte d’arrivée ne doit pas satisfaire à l’horizon d’attente d’une communauté appartenant à une culture donnée, à un moment donné, mais à l’horizon d’attente de l’ensemble des locuteurs de la langue d’arrivée, quelle que soit la culture à laquelle ils appartiennent. Qu’est-ce qui empêcherait un Japonais, parlant le roumain, et ignorant le français, de lire Tahar Ben Jelloun en roumain ? Il nous semble que justement de tels cas particuliers, mais pas du tout isolés, démontrent la justesse de la poétique de la relation, appliquée à la traduction, d’Édouard Glissant. Une fois de plus, il est évident que le texte traduit ne vient pas enrichir une seule culture, mais participe à la mise en place du vaste réseau d’une culture-monde. En analysant la version roumaine de La Nuit sacrée , nous avons essayé de réaliser un inventaire des éléments appartenant à la langue arabe et à la culture arabe (ou a d’autres cultures) également, tous ces éléments étant illustratifs pour le processus de métamorphose que le roumain subit et pour la manière dont l’imaginaire du lecteur peut être enrichi de nouvelles images culturelles dans le processus de fécondation réciproque des cultures. Nous présentons en ce qui suit cette typologie, susceptible d’être développée lors d’une analyse plus détaillée du texte traduit. 5.1. Éléments lexicaux 5.1.1. Mots arabes présents dans le texte d’origine et non traduits en roumain (1) Regardez maintenant ce chapelet… du corail ; de l’ambre ; de l’argent… Il a dû appartenir à un imam. ( NS a, 15)
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