AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 469 s’accepter soi-même comme différent et de surmonter un possible choc culturel. La présence des mots et des expressions arabes dans le texte peut également « témoigner d’un choix affectif, volontaire de l’auteur » (R ă dulescu 2009, 44) et, outre cette fonction de mise en évidence de l’affectivité ou de la volonté de l’auteur, ils peuvent aussi produire un effet d’exotisme et de poétique , associé généralement au désir d’évasion du lecteur (exemples 10 ou 12). Certaines expressions ou formules d’adresse traduites dans le texte, inexistantes en roumain, et parfois jugées même comme difficilement acceptables ou utilisables dans cette langue, ont une charge expressive qui demeure intacte malgré leur traduction littérale : il s’agit des formules d’invocation de la divinité, de l’exemple (7), qui ne sont pas employées en roumain, mais qui gardent toute la ferveur mystique et l’humilité du croyant. Au pôle opposé, se trouvent des expressions comme « mon foie » étranges à leur tour pour le lecteur roumain, mais ayant une coloration affective incontestable. Ces formules, bien que ressenties comme des corps étrangers en français ou en roumain, n’en sont pas pour autant rejetées par les deux langues. Au contraire, elles s’y intègrent naturellement, non pas dans un processus d’arabisation, d’infléchissement du français ou du roumain ou bien d’exhibition d’une diglossie irréductible, mais tout simplement dans un processus de création de l’autre original de la bi- langue d’écriture et de celle de traduction. Apparemment à l’opposé de la fonction précédente, mais, en fait, en étroite complémentarité avec celle-ci, se situe la création de l’effet de réel . Il y a dans le roman des séquences qui confèrent au récit un certain degré de vraisemblance, mais elles n’ont rien d’une littérature stérile, exacte, objective ; au contraire, elles renforcent, à notre avis, la poéticité de la narration (exemples 1, 2). Certaines formules, comme celle employée dans l’exemple 5, « Amis du Bien ! », évoquent l’attitude traditionnelle du conteur s’adressant sur la place publique à son auditeur ( la halqa ) et essayant d’obtenir son adhésion. L’équivalent roumain, « Prieteni ai Binelui ! », bien que surprenant, garde pourtant la même force d’impact sur le lecteur que la formule arabe et participe d’une stratégie de séduction du public. La formule traduit aussi « l’hybridation par le récit récit contique de la forme romanesque » (Gontard, 95), soulignant autant l’hétérogénéité de la bi-langue, que l’hétérogénéité du monde fictionnel qui se construit au carrefour des cultures. Nous avons retenu une série d’exemples concernant l’intertextualité non pas parce qu’ils son relevants pour la traduction de la bi-langue, mais pour le fait que l’intertextualité est une pratique de métissage récurrente dans le roman contemporain et que le roman de Tahar Ben Jelloun n’y fait
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