AGAPES FRANCOPHONES 2012

474 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Préalables Traduire s’affiche fièrement comme l’un des maîtres-mots de l’actualité. En effet, discours traductologiques, mais aussi philosophiques, anthropologiques, linguistiques, socioculturels, voire politiques se le disputent en quête de décodeur généralisé des temps complexes que nous vivons en ce début du XXI e siècle. Une question sous-jacente anime la présente réflexion. Elle porte sur le besoin d’asseoir de manière réaliste la problématique traductive fort complexe qui doit interpeller un système d’enseignement d’un pays membre du concert européen dont la langue, tout en étant « l’une des 23 langues de l’Europe », n’en reste pas moins « exotique » et « minoritaire » en Europe, notamment une « langue de publication » et non pas une « langue de rédaction ». Un double regard, celui du praticien de la traduction générale et littéraire, comme celui du formateur à la traduction spécialisée, entend par conséquent se pencher sur la question traductive conçue et restée, à côté du plurilinguisme, le pilier central de la politique linguistique de l’Europe d’aujourd’hui. À une époque où les frontières économiques, monétaires, politiques et culturelles tombent une à une en Europe, il semble légitime de s’interroger dans une visée de formation sur le devenir des différences linguistiques européennes tiraillées en réalité entre la solution de la langue unique – inacceptable politiquement, et un plurilinguisme de masse – malheureusement, quasiment irréaliste pour l’instant. Un état des lieux du traduire orienté par la problématique en discussion vue sous cet angle pourrait apporter des éclaircissements sur la nature des réformes, notamment des stratégies de formation aux langues, à mettre en place pour mieux préparer l’avenir européen de la société roumaine. Comme c’est la traduction en tant qu’opération, processus, effort et travail orientés par des stratégies appropriées de trans-mission des savoirs par delà les frontières linguistiques qui est visée ici, nous utiliserons volontiers « le traduire » théorisé par H. Meschonnic (1999, 2007), même si ses visées étaient autres. Dans ce qui suit, en allant du général vers le particulier et retour, nous nous proposons d’apporter quelques éléments de réponse aux trois questions ci-après : - Qu’est-ce que traduire veut (encore) dire aujourd’hui ? - Qu’est-ce que « dire la même chose » pour la traduction spécialisée? - Qu’est-ce que traduire la législation européenne ? Cela nous permettra, nous l’espérons, de tirer quelques enseignements de nature à éclairer davantage la portée d’une activité qui se trouve peut-être pour la première fois dans l’histoire «à la une » des tentatives de conciliation entre la pluralité des langues et l’unicité du langage de l’humanité.

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