AGAPES FRANCOPHONES 2012

476 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Notre peuple, à cause de sa considération pour l’étranger et de sa nature médiatrice, paraît être destiné à réunir dans sa langue, avec les siens propres, tous les trésors de la science et de l’art étrangers, comme dans un grand ensemble historique au centre et au coeur de l’Europe. Cela semble être, en effet, la véritable finalité historique de la traduction à grande échelle. (Schleiermacher 1999, 91) On dirait par conséquent assister aujourd’hui à des développements d’une construction culturelle européenne imaginée deux siècles plus tôt. À cela près qu’aujourd’hui l’Europe semble se donner aussi les moyens de faire en sorte que l’Autre et ses valeurs soient complémentaires des valeurs et intérêts propres. « Il ne s’agit plus de se les annexer, mais de les respecter et les mettre ensemble. Il ne s’agit donc plus ici d’appropriation ou d’assimilation de l’autre, mais de sa médiation, entraînant la transformation du même : " Meurs et deviens", avait dit Goethe. » (Ost 2007, 10) À l’instar et à côté de la pédagogie multiculturelle mise en place pour les citoyens de l’Europe de demain, le problème central n’est plus d’effacer les différences, mais de composer avec la diversité, en restant fidèle à sa propre identité culturelle tout en s’ouvrant aux richesses de l’Autre. Le traduire trouve ainsi non seulement une voix nouvelle, « relevante » (Derrida 1998), mais devient aussi et par là un vrai modèle de médiation interculturelle . Sur cette même lancée, Domenico Jervolino plaide carrément « pour une philosophie de la traduction à l’école de Paul Ricoeur » (2006/1) et trouve les arguments qui font du traduire le « modèle éthico-politique pour la nouvelle Europe ». (2006/2) De métaphore donc de la « médiation et de la cœxistence parmi des cultures, parmi des peuples qui parlent des langues différentes mais qui appartiennent à la même humanité », la traduction, en tant que « seule langue de l’Europe possible » ( idem ), acquiert ainsi son statut de véritable paradigme politique . En effet, quelle(s) langue(s) parler pour répondre à notre besoin d’universel, sans tomber pour autant dans le piège de la langue unique, mais sans gaspiller non plus la richesse de nos diversités, à commencer par les trésors enfouis dans nos propres langues maternelles ? La réponse politique ne s’est pas fait attendre et les Etats cherchent depuis à donner une réponse concrète à cette évidence reprise maintes fois sous la forme de l’adage attribué à U. Eco: « La langue de l’Europe, c’est la traduction ». Le parcours de cette troisième voie en tant que solution pour le monde pluriel où nous vivons prend forcément la forme d’une « défense et illustration du multilinguisme » moyennant la traduction. Dans un monde post-babélien, ce ne sont ni les langues ni les savoirs ni les valeurs qui font défaut, mais bien les principes de composition qui puissent les harmoniser et les hiérarchiser. Autrement dit : une capacité généralisée de traduction , si du moins nous nous accordons à rejeter tant l’irréductible

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