AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 477 dispersion dans une série d’idiomes et cultures mutuellement incommensurables, que l’alignement sur une langue dominante unique qui aurait tôt fait d’étouffer toutes les autres. (Ost 2009, 281, nous soulignons.) Mais l’éthique traductive de l’homme postmoderne, érigée ailleurs en paradigme politique, ne tarde pas à revenir à ses sources et se poser aussi en « révélateur de la pensée du langage et de la littérature ». (Meschonnic 1999, 10) Loin de sa position subalterne coutumière, le traduire permettrait ainsi de penser autrement. Ici, contre la logique post- structuraliste du signe, ailleurs comme révélateur de « la grammaire du droit en réseau », par exemple. (Ost 2010) En effet, nous assure-t-on exemples à l’appui, le droit comme interprétation, argumentation, communication, notamment besoin de « construire des comparables » ( idem ) se reconnaît dans la logique traductive pour y puiser ressources et solutions. Et par-dessus tout, le culte de la négociation, de la pesée des mots, tout comme le besoin de comparabilité et de communicabilité font du paradigme traductif un repère pour le droit , en général, pour les droits européens en voie d’intégration, en particulier. Une question demeure : qu’est-ce qu’apporte en fait le paradigme traductif pour expliquer cet engouement récent ? D’une part, il semble que pour l’européen contemporain en quête d’identité, les paradigmes de l’interprétation ou de la communication sont soit trop larges, soit trop rigides. Autant dire qu’ils sont « fatigués. » ( idem ) Or, la métaphore du dialogue forgée sur les caractéristiques dont on a tant parlé met en avant une logique de réconciliation entre le propre et l’étranger (Nouss 2001) et permet de penser, comme nous l’avons vu, à un fondement non violent du lien social. Autrement dit, généralisable ou non, de par sa dimension éthique, le paradigme du traduire , s’opposant à la logique du conflit, de la guerre, voire de la barbarie, serait la seule issue envisageable pour le monde complexe d’aujourd’hui : « on y est condamnés.» (Ost, 2010) Traduire – enjeux identitaires Si nous décidons de nous remettre, en un deuxième temps, à l’écoute des traductologues eux-mêmes c’est principalement pour voir quelles sont les inflexions nouvelles que la lecture métaphorique dont on vient de parler prête à la pensée du traduire proprement dit. Nous en retenons d’abord cette image de la traduction lato sensu, « une expérience humaine très large, qui met en jeu les différents aspects de la communication interculturelle » (Ladmiral 2006, 6) et finirait par l’englober. Sous l’emprise du paradigme traductif, sur les traces ou autour de Ricoeur, toute la problématique du traduire est revisitée et infléchie différemment: la querelle des « sourciers » et des « ciblistes », la fidélité, la trahison ou les libertés du traducteur, la figure de l’Étranger ou la teneur de
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