AGAPES FRANCOPHONES 2012
478 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 l’équivalence, parmi tant d’autres. Comme ce qui nous intéresse ici est une réponse plus claire à la question sur ce que signifie « dire la même chose » pour la traduction spécialisée , nous n’en retiendrons pour le moment que deux volets. En premier lieu, la façon renouvelée de reposer la question de l’identité , c’est-à-dire de l’Autre, du Même , voire du « soi », qui hante depuis des années la réflexion sur la pratique traductive. Ainsi, sous l’angle de cette « mêmeté » qui fait encore tant de problèmes, on parlait d’abord de la fidélité à l’Autre, perçue comme conformité servile et vécue en culpabilité. Avec son pendant, la fidélité au Même, taxée de trahison et culpabilisée à son tour. Pour échapper à cette culpabilisation, le traducteur devait choisir entre être fidèle à l’Autre sans trahir le Même, selon les sourciers, et, à l’inverse, être fidèle au Même sans trahir l’Autre, dans la vision des ciblistes. Or, le temps où l’on culpabilisait la fidélité taxée de « servile » en amont, du côté de l’Autre, ou de « trahison », en aval, du côté du Même, semble révolu. La complexité du monde actuel nous invite – on l’a vu - à essayer de faire enfin le deuil de l’impossible traductibilité parfaite et rechercher, en adulte responsable, la traductibilité à moindres pertes. En effet, le binarisme ne semble plus de mise. Le temps de l’identité biculturelle parfaite (hélas, impossible !) du traducteur est lui aussi révolu (Pym 1997). L’issue est à envisager grâce au modèle philosophique d’ intégration entre identité et altérité qui seul permettrait au traducteur, à travers un perpétuel travail de négociation des choix effectués, de construire dans le monde d’arrivée « un comparable », « une équivalence sans identité ». (Ricoeur 2004) Seule une identité interculturelle pourrait rendre compte de la fidélité plurielle capable de faire revivre également ailleurs le texte d’origine. Cette fidélité imparfaite et jamais tout à fait au rendez-vous, serait ainsi envisageable pour une traduction devenue une reprise non pas « du mot à mot » mais « du monde au monde ». D’une certaine façon, à l’écoute enfin de ses « deux maîtres » à la fois, elle permettrait au traducteur-entremetteur de faire sa propre lecture, ses propres choix, et serait de surcroît loyaliste et réaliste, s’ingéniant tant que peut se faire - telle une mémoire humaine, donc faillible mais perfectible, accordée aux valeurs interculturelles d’une Europe plurilingue - à assurer la relève. Car l’important est sans doute de se charger du « passage », mais aussi et surtout de s’assurer de la qualité des biens transférés (Meschonnic 1999, 17). Dans ce monde fourmillant de l’échange, l’image du traducteur comme médiateur entre les deux textes, entre les deux cultures, est encore généralement monnaie courante. On se met cependant de plus en plus souvent à contester son rôle de simple « passeur », car, au moins dans certains cas, on l’accepte, « traduire est un art » et la traduction « un acte de langage » (Meschonnic 1999, 18), une réécriture, voire une création. Ce qui n’est pas sans nous rappeler le destin d’« art exact » dont rêvait pour la
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