AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 479 traduction George Steiner (1998, 173). Tout compte fait, pour la première fois dans le jeu du Même et de l’Autre il n’y aurait plus de vainqueur. Que de gagnants ! Un traducteur « bifront » autre serait en train de naître ! Mais voyons en deuxième lieu ce qu’il en est dans ces conditions de l’autre volet de la problématique traductive, celui qui nous ouvre vers la question de la traduction spécialisée, à savoir du côté des « biens » qui font l’objet du transfert. Comme le problème de « l’Autre » et du « Même » tout à l’heure, le problème de « la chose » semble lui aussi se nuancer, devenir plus flexible, s’adapter à ce monde où tout semble se transformer : lectures, échanges, besoins, certitudes, doutes. Que signifie traduire ? On aimerait donner cette première réponse rassurante : dire la même chose dans une autre langue. Si ce n’est que, d’abord, on peine à définir ce que signifie "dire la même chose" […]. Ensuite parce que, devant un texte à traduire, on ne sait pas ce qu’est la chose. Enfin, dans certains cas, on en vient à douter de ce que signifie dire. (Eco 2006, 9) Simple réponse « rassurante » en effet, car, même après avoir été interrogée sous toutes les coutures, la fidélité – cette « même chose » - ne semble pas avoir fini de nous interpeller. Et entre temps, la pratique traductive en tous genres continue de parler d’un rude travail, de résultats toujours partiels et précaires, d’une chasse à l’idéal, souvent convoité, rarement réalisé. Et aux débats de s’enflammer. Gageons que U. Eco sait mieux que quiconque ce dont il parle, puisque sa réflexion sur la traduction finit par s’intituler « dire presque la même chose ». La portée de cette inflexion est de taille. Tout le débat traductologique change complètement de donne par l’ajout de ce petit mot. En prenant à notre compte cette réflexion sur « la chose », on pourrait la prolonger en disant que les deux cas de figure classiques du traduire renferment en fait aussi deux acceptions de la « mêmeté ». D’une part, le traduire de la littérature et assimilés, tenus et capables en effet de « dire presque la même chose ». Une re-création, en somme, où le Même n’existe qu’à travers l’Autre et à sa façon. Meschonnic l’a d’ailleurs dit : « l’identité n’advient que par l’altérité » (2007, 30). Et, d’autre part, le traduire de l’«information », cas où traduire devrait pouvoir « dire exactement la même chose », par superposition totale entre le Même et l’Autre. Une hypothèse à approfondir nous ferait ainsi distinguer entre, d’une part, les « effets de sens », propres à la traduction littéraire, qui devrait par conséquent se faire une raison de « dire presque la même chose ». Et, de l’autre, les « effets de réel » ou plutôt « effets dans le réel » pour la traduction « spécialisée », censée, celle-ci, et pour cause, de toujours « dire exactement la même chose » et rien d’autre. À notre sens, les « spécialisations » du traduire gagneraient à être revisitées sous cet angle. Ce qui n’empêche que, dans les deux cas de figure, tant que nous

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