AGAPES FRANCOPHONES 2012

480 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 avons la possibilité de « dire la même chose autrement » - et cela déjà dans notre propre langue, aussi bien pour exprimer nos pensées, ou les « traduire » pour reprendre, expliquer, paraphraser ou bien changer de registre –, on doit admettre que « l’énigme de l’identique » (Ricoeur 2004 ) n’a pas encore donné son dernier mot. En revanche, on peut bien s’en douter, si ici et là la tâche du traducteur est foncièrement identique - donner une seconde vie, ailleurs, au texte premier -, le comment de l’opération ne peut et ne devrait pas emprunter les mêmes voies. Pour ce qui est de la littérature et les assimilés - comme le débat sur ce qu’il faudrait y inclure est en cours - on peut toujours en référer avec profit à H. Meschonnic (1998, 1999, 2007) pour qui traduire est un autre texte, « dans un autre temps et une autre langue ». (1999, 27) Ce qui jette, on le comprend facilement, une autre lumière sur toute la problématique de l’« autre » et du « même », de la « liberté » et de la « responsabilité » comme alternative à la « fidélité/trahison ». D’ailleurs, « la fidélité » non plus n’est plus ce qu’elle était. On a du mal aujourd’hui à séparer la fidélité au monde représenté de la recherche d’une réaction équivalente à la lecture. Rappelons-nous que Berman (1984, 18) parlait lui aussi de la possibilité que la traduction offre un « effet similaire à celui qu’offre la lecture de l’original » lorsque le travail de traduction est guidé par une attentive interprétation de l’œuvre. Il y aurait par conséquent encore beaucoup de choses à dire sur la fidélité du traduire littéraire au regard du monde d’accueil. Et puis l’apparent paradoxe de l’œuvre qui ne serait en fait qu’une « traduction » et de la traduction vue comme « création ». Tandis que la traduction des textes et la réflexion sur la traduction ou les re-traductions s’avèrent être un extraordinaire « révélateur de la pensée du langage et de la littérature.» (Meschonnic 1999, 10) Mais notre propos est plutôt ailleurs, c’est-à-dire du côté des textes « utilitaires ». (Comme si la littérature ne serait d’aucune « utilité » ! Il est vrai, on les appelle aussi textes « opérationnels ».) Dans ce deuxième cas de figure, nous plaidons d’autant plus pour la nécessité de revisiter des notions telles «fidélité » et « trahison », «bonne distance » et « copie servile », etc. justement en tenant compte de la nature de « la chose » qui est à re-dire dans la langue d’arrivée, c’est à dire sa place, sa fonction et son « skopos » (Vermeer 2000) dans les deux langues-cultures, les deux mondes mis en rapport par l’acte traductif. Et tirer profit des recherches en continuelle évolution depuis une cinquantaine d’années qui analysent sous toutes les coutures les variations (translation shifts) entre la traduction et son original afin d’en retirer des normes généralisables. Pour l’intérêt de la présente réflexion, nous entendons nous arrêter à quelques éléments de cette très vaste littérature sur la traduction (recensée admirablement par Gentzler 1993), notamment à ceux qui vont dans le sens du « dire exactement la même chose » qui nous préoccupe ici.

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