AGAPES FRANCOPHONES 2012

484 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 pour le « traduire » dans la réalité européenne : la traduction, cette « nouvelle langue de l’Europe », ce « baromètre » du multilinguisme, ce « pont entre les nations, cette clé de la compréhension de l’autre, cet élément qui permet à l’UE d’être toujours plus humaine ». (Montfort 2010) Voyons donc brièvement ce qu’il en est aujourd’hui de ce mariage de raison sexagénaire entre le multilinguisme et la traduction, dont l’insolite nous interpelle à titre de pratique linguistique, notamment traductologique. L’histoire de cette conjonction idéologique est longue et belle, faite de moments d’enthousiasme et d’efforts, de réussites et d’hésitations, de courage et de refontes. Résultat : soixante ans après, la Direction générale de la traduction (DGT), en tant qu’acteur principal du plus grand service de traduction du monde, chargé de traduire des documents pour la Commission européenne à partir de et vers les 23 langues officielles de l’Union européenne, réalisant plus de 500 combinaisons linguistiques. Bref, le multilinguisme européen est une réalité. Sans vouloir en rien minimiser toutes ces performances, nous allons pointer ici brièvement quelques vulnérabilités de nature traductologique entre les desiderata du projet et la réalité quotidienne, susceptibles selon nous de miner de l’intérieur cet impressionnant édifice. Ils illustrent on ne peut mieux les rapports complexes, parfois inextricables et insolubles, qui se tissent entre le juridique et le linguistique attelés au traduire sous la houlette du politique et par là les enjeux d’une double responsabilité – du juriste et du traducteur, sinon du jurilinguiste - à l’égard d’un « même» texte en plusieurs langues censé « produire le même effet juridique » (Rapport 2009, 13) dans des communautés aussi diverses. Une précision s’impose : ces quelques remarques sont issues de la simple lecture d’une très dense étude que la Commission européenne a réalisé et publié sur « La Traduction à la Commission : 1958-2010 ». Il va sans dire qu’une analyse des traductions elles-mêmes réalisées vers toutes les langues européennes concernées serait en mesure de donner du poids à ces observations. Sans un ordre quelconque, nous tenons à signaler ce que nous y avons interprété comme inadvertances entre la réalité du terrain et les requis traductologiques, avec les risques respectifs encourus, à savoir : - « Du point de vue juridique, il n’existe que différentes versions linguistiques qui sont toutes également authentiques. » ( idem , 12) ; par conséquent, au besoin, « il n’existe pas de traduction qui s’opposerait à un texte original». ( ibidem ) Problème à risque : absence de texte de départ, donc de langue-culture source de référence, lorsqu’on sait à quel point celle-ci peut laisser son empreinte sur l’acte traductif ; - « L’égalité des langues voulue par le protocole a pour corollaire l’absence de référence à une base unique, c’est-à-dire un texte unique dans une seule langue » ( idem, 9), étant donné que les « versions font foi pour chaque

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