AGAPES FRANCOPHONES 2012
486 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 textes »), même si la gestion du volume de travail est sans comparaison possible. Dans tous ces changements, un acteur principal : la traduction, et un metteur en scène : la DGT. Remarquable en ce sens est la prise de conscience des particularités du traduire juridique lorsqu’on parle de « la dimension du travail de médiation interculturelle qu’effectue le traducteur » déclaré « un auteur » ( idem, 13), mais aussi des vulnérabilités tenaces ou de parcours. Pour y pallier, une suite de mesures sont venues apporter des solutions : la coordination terminologique et la réalisation de glossaires thématiques multilingues, la création de formations pour les traducteurs, notamment d’un master européen en traduction en 2006 , la valorisation du travail des traducteurs sous le titre de « traducteurs linguistes » , etc. Entre réussites, hésitations et solutions de parcours, il faut admettre que les conséquences pratiques du multilinguisme n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le paradigme du traduire mis à l’épreuve de la traduction du droit Au terme de ce parcours, quelques conclusions – provisoires, il va sans dire - s’imposent. Elles se veulent un signal en rapport avec les défis traductologiques impliqués dans la construction européenne à partir des problèmes propres à la traduction vers certains enjeux de nature politique et philosophique. 1. La DGT s’est assigné au nom de l’Union européenne la gestion d’une double « création » quasi simultanée : la mise en place d’une législation européenne à travers un processus de transfert vers une diversité de langues-cultures d’arrivée, sans véritable langue-culture de départ, sinon la langue-culture européenne en train de se construire. L’avertissement des jurilinguistes parle en ce sens du « mythe de l’interchangeabilité des mots, concepts et institutions, autant de fictions qui ne sont pas sans conséquences sur la substance et sur l’univocité du message » car « la traduction forcenée et systématique amène à une stéréophonie propice à la haute infidélité». (Sparer 1985, 3) 2. À l’instar des problèmes du droit mondialisé ( global law ), le droit européen in nuce encourt le risque de se constituer en mosaïque de droits nationaux, hétérogène et difficilement transférable dans les réalités culturelles et socio-politiques des communautés concernées. Il suffit de se rappeler ici le défi que représentent chaque fois dans l’histoire les « formes » dépourvues de « contenus » transférées en urgence vers des cultures juridiques et à travers des langues-cultures sinon « minoritaires » au moins insuffisamment préparées à la greffe. À ce sujet, il est réjouissant de voir chez certains jeunes spécialistes roumains (C. Abraham-Barna, C. Veleanu, R. Panait, A. M. Staicu, entre autres) un intérêt croissant pour la vaste problématique des retombées de l’intégration européenne de la
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