AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 511 sens, défini comme « un ensemble de repères et de notions que les personnes utilisent pour donner sens à leur expérience » (2008, §4) et qui sont donc constitutifs de leurs références communes. Sous cet angle, « une culture peut être assimilée à une grille de lecture qui garantit l’intelligibilité et la lisibilité des comportements et des modes de relations au sein d’une même communauté ». (Chevrier, 2000, 182-183). Vu la complexité et la richesse de la « toile de significations » qu’est la culture, selon l’approche de Max Weber (1971) cité dans Chevrier (2000, 182), la traduction linguistique devrait s’accompagner d’une traduction culturelle rendant pertinente cette « grille de lecture ». Dans le domaine du management interculturel, par exemple, les termes qui désignent des processus essentiels de management (« décision », « contrôle », « management transparent », etc.) ne sont pas compris de la même manière, le décryptage de leurs particularités pragma-sémantiques requérant une compétence qui va au-delà des qualités telles que la curiosité, l’ouverture d’esprit ou l’adaptation aux pratiques d’autrui. La culture envisagée comme univers de sens renvoie, insistons-y, à ses aspects moins tangibles, et cela conduit à l’idée que le « développement des compétences interculturelles suppose […] des capacités d’analyse et un travail de distanciation qui, à notre sens, gagne à être fait en commun par l’ensemble des participants ». (Chevrier, 2008, §5) L’élucidation d’un contexte d’interprétation exige l’analyse du réseau de significations dans lequel s’inscrivent les notions liées aussi bien aux termes traduisibles 5 (exemples : individualisme, autorité, décision, procédure, rationalité, efficacité, qualité, etc.) qu’aux termes intraduisibles référant à des conceptions ou à des modes de gestion tout à fait particuliers (Chevrier, 2000, 183). Dissonances cognitives et affectives Les deux types de dissonances, cognitives (disharmonies ou désaccords au niveau des savoirs et des savoir-faire : sens des termes utilisés, étiquette, horaires, façon de prendre la parole ou de conduire une réunion, etc.) et affectives (ayant trait à la personnalité des acteurs en présence), sont des constantes, paraît-il, d’une interaction interculturelle. En milieu de travail, les désaccords cognitifs, virant souvent à des conflits nuisibles à l’avancement du projet commun, concernent principalement, précise Gérard Marandon (2003), les objectifs, les tâches à accomplir ou les 5 Ils sont traduisibles linguistiquement, mais leur traduction culturelle n’est pas transparente malgré la tentation de croire que leur signification est partagée, et cela rend encore plus difficile une rencontre interculturelle : « La difficulté de la rencontre interculturelle apparaît […] double car, d’une part, les références utilisées par des groupes culturels pour lire les situations divergent et, d’autre part, ces références différentes sont dissimulées sous une apparence commune : les mêmes mots » (Chevrier, 2000, 184-185 ; c’est moi qui souligne).
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