AGAPES FRANCOPHONES 2012
516 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Dimensions de l’empathie Si la nature de l’empathie – « vecteur de compréhension » (l’expression appartient à Alexis Cukier, 2011, §8) –, fait voir des conceptions souvent opposées, sa description relève des aperçus similaires. Elle est généralement présentée comme un phénomène qui englobe trois dimensions complémentaires : la dimension cognitive, lorsque la personne empathique adopte la perspective d’une autre personne et s’efforce de voir le monde du point de vue de l’Autre ; la dimension affective […], lorsque la personne empathique ressent les émotions ou sentiments de l’Autre ; la dimension communicative, lorsque la personne empathique signale sa compréhension et son intérêt par des moyens verbaux et non verbaux . (Bennet, « Basic Concepts of Intercultural Communication », 1998, 207-213, cité dans Iriskhanova et al , 2003, 113) Ce tableau tridimensionnel de l’empathie a été enrichi d’un quatrième élément, la dimension culturelle, « qui fait le lien entre les dimensions cognitive et affective d’une part et la dimension communicative de l’autre » (Iriskhanova et al , 2003, 116). La caractéristique inhérente à l’empathie, « la compréhension depuis un point de vue culturel différent », met en avant « un changement de perspective culturelle de la part de celui qui parle dans le processus de communication » ( Ibidem , 117) et joue un rôle clé dans la médiation culturelle, quel que soit son domaine d’application. Dans le contexte de la négociation, par exemple, l’empathie – atout du négociateur, mais aussi du médiateur, pourrait-on ajouter –, se manifeste, suivant Lionel Bellenger (2004, 22), par l’ouverture et l’estime accordée à ce que dit l’autre, par l’entrée temporaire dans sa logique et son questionnement en vue d’une compréhension plus profonde ou l’accueil chaleureux du point de vue/ de l’opinion de l’interlocuteur. Les éléments constitutifs de l’empathie sont mis en pratique par tout communicateur dont les interactions verbales, en divers types de situations culturelles / interculturelles (médiation, négociation, etc.), ont du succès. En dernière analyse, les aptitudes du communicateur empathique n’ont de rapport ni avec la réactivité ni avec la dépendance. Il a la capacité de prendre en compte l’autre « tout en poursuivant son but initial », comme le remarque Bellenger (2004, 35), de « porter une attention positive à l’autre » ( Ibidem , 39), « se mettre dans sa logique pour mieux le comprendre tout en restant soi-même » ( Ibidem, 40). De tels ressorts qui tiennent à son savoir être se concrétisent dans des savoir-faire discursifs en mesure de créer tout d’abord ce qu’on appelle la « convivialité de la dissension » (Iriskhanova et al , 2003, 140), ou bien, « un accord sur un
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