AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 517 désaccord », nécessaire à une discussion constructive qui « réduit les écarts, voire renforce les convergences » (Bellenger, 2004, 42). Pour certains théoriciens, une entente authentique avec des interlocuteurs qui ont une Weltanschauung différente ne peut se réaliser qu’à travers l’empathie – déplacement mental dans le monde d’autrui qui, précise Patrick Boylan (2011, §10), « nous prédispose à saisir ce que veut l’Autre – et à le vouloir pour ses raisons , tout en restant nous-mêmes avec nos priorités – afin de pouvoir communiquer avec lui en ‘parlant son langage’.» L’empathie dans le discours L’un des indices du respect témoigné à l’autre et du souhait de découvrir réellement son univers de sens est l’écoute active de ses dires accompagnée verbalement d’une reformulation . Dans l’optique de certains chercheurs (cf. Bellenger, 2004, 23), la reformulation est un moyen d’écoute active encourageant la prise de parole et sa mise en valeur. Elle permet également de vérifier si l’on a bien compris et d’affiner l’échange verbal. Bellenger l’illustre dans la même étude à l’aide de phrases types, centrés sur l’interlocuteur : « ’De tout ce que l’on vient de voir ensemble…’, ‘Pouvons-nous retenir que…’, ‘Si je vous comprends bien, vous voulez dire que…’, ‘Résumons-nous donc...’ » (Bellenger, 2004, 72). Le médiateur empathique assume par là une série de micro-fonctions discursives telles que : encouragement, vérification de la compréhension, explicitation de l’implicite, incitation à donner des précisions. On essaie ainsi de s’immerger momentanément dans le monde de l’Autre et on prête attention à chaque type d’écart discursif « pour pouvoir tisser avec ces éléments des ‘toiles de signification’ partagées de plus en plus solides » (Boylan, 2011, §3). L’impact de l’empathie sur la médiation En l’absence de cette aptitude attitudinale qu’est l’empathie, les activités constitutives de la médiation, « comprendre, expliquer, commenter, interpréter et négocier divers phénomènes de la culture de la langue cible » (Iriskhanova et al , 2003, 109), risquent de ne produire pas les effets escomptés – remédier aux distorsions résultant principalement de « représentations de l’étranger insuffisamment maîtrisées » (Zarate, 2003, 243) et assurer ainsi l’intercompréhension 9 , conjointe à la construction d’un « terrain d’entente ». 9 C’est-à-dire la compréhension réciproque entre les interlocuteurs dont les identités culturelles et les contextes sont différents. Notons que, suivant Alex Mucchielli (2009, 135, 196), les univers de sens des acteurs en présence comprennent quatre contextes principaux « dans lesquels l’activité prend son sens » : normes, enjeux, positionnements, qualité des relations entre personnes. Précisons de plus que la compétence d’intercompréhension constitue le soubassement de la

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