AGAPES FRANCOPHONES 2012

518 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 La modalité empathique de compréhension de l’Autre, « compréhension co-opérative » (co-penser et co-sentir), d’après Alexis Cukier (2011, § 14), constitue une variable essentielle du processus de médiation. En dernier ressort, la démarche empathique du médiateur en situation interculturelle prend en considération un enchaînement complexe de conditions de la rencontre interculturelle qui, soutient Marandon (2003, 277), commence par l’articulation entre l’empathie et la confiance – chacune conditionnant et stimulant l’autre –, continue par la coopération et la construction de la culture tierce – grâce à laquelle on développe des significations partagées –, pour aboutir à la réussite de l’interaction. Il est intéressant de noter que le processus d’élaboration d’une nouvelle culture d’action en commun requiert, spécifie le même auteur (277-278), le passage « de l’empathie personnelle à l’empathie interculturelle, conduisant les partenaires […] à se mettre prioritairement à disposition, non seulement d’autrui, mais plus encore de la construction de cet espace de communication, indispensable en situation interculturelle, qu’est la culture tierce ». Pratiques de médiation dans le monde de l’entreprise Les certitudes et les croyances correspondant à des manières opposées de donner sens à une même situation deviennent un obstacle tant qu’on ne recourt pas au recadrage (Stimec, 2000), dont le succès tient pour une bonne part au savoir interpréter et mettre en relation 10 du médiateur. Rechercher et valoriser la ressemblance à l’aide du recadrage qui met au premier plan les préoccupations (actions) communes , c’est un apport essentiel du médiateur, « interne » ou « externe » 11 . Interagir pour aller au-delà des différences improductives, en mobilisant les ressources personnelles et « construire sur des valeurs communes reconnues positives, dans une action permanente où rien n’est jamais résolu définitivement » (Geoffroy, 1998, 52), c’est, par exemple, l’objectif des Français et des Anglais de plusieurs entreprises franco- compétence de médiation et « prévaut dans un ajustement conscient et sans cesse renouvelé aux pratiques et références de l’autre » (Geoffroy, 1998, 47). 10 C’est Michael Byram (1997), cité par Geoffroy (1998, 51), qui privilégie ces deux aptitudes en rapport avec l’accès à la médiation – activité constructive, indispensable lors des représentations conflictuelles. 11 Un médiateur est interne lorsque les acteurs en présence jouent eux-mêmes le rôle de médiateurs, alors qu’un médiateur externe est exigé au moment où le conflit est si bien installé que les parties ne sont plus capables d’accéder à la posture de médiateurs pour dédramatiser la situation de rupture culturelle et réparer les dégâts relationnels dus souvent à une image stéréotypée de l’étranger.

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