AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 519 anglaises, interviewés par Christine Geoffroy (1998). Ils témoignent de leur ouverture à autrui et de leur volonté empathique, d’une part, de comprendre et de respecter les références qui ne sont pas les leurs, et, de l’autre, de développer des valeurs communes. Tous sont disposés à prendre en charge la posture de médiateur en tant que passeur de compréhension et, simultanément, de facilitateur d’interactions créatrices d’un ensemble de « conceptions partagées » (objectifs, principes, modes d’action élaborés en commun) (Puren, 2002, 64-65), en dernier ressort de cette « culture tierce » évoquée ci-dessus. En revanche, lorsque les parties en présence, engagées dans la réalisation d’un projet professionnel, sont « incapables de se comprendre en direct » ( CECRL, 2000, 71), il leur est évidemment impossible d’accomplir par elles-mêmes l’activité de recadrage, étroitement liée à la médiation. Dans de tels cas, l’intervention d’un médiateur externe s’avère vitale. Celui-ci intègre dans la situation conflictuelle les traits socioculturels qui nourrissent les repères individuels et replace discours et pratiques « par rapport à l’intention de l’un et par rapport à la perception de l’autre » (Stimec, 2000, IV, 2, § 2), en accomplissant ainsi une tâche de traducteur d’une culture à l’autre. À ce propos, le témoignage de Tatjana Globokar (1994), chercheur français d’origine slovène, lié à son expérience de médiateur entre les équipes slovène et française d’une usine d’automobiles de Slovénie où les Français de Renault sont majoritaires, est tout à fait significatif. Au cours de ses enquêtes auprès des gens de l’entreprise, elle découvre, avoue-t-elle, « un énorme clivage et une absence totale de communication entre Français et Slovènes » (1994, §3). Sa compréhension empathique de l’univers de sens des parties en conflit, de même que la maîtrise de la langue de chacune facilitent sa tâche d’expliquer les modes de penser, de sentir et de se comporter des uns aux autres, en procédant à des reformulations contextualisées. Sa médiation orale, consistant en interviews prises aux chefs et ouvriers des ateliers de l’usine, qu’elle encourage à s’exprimer librement, est doublée d’une médiation orale et écrite sous la forme de « restitutions » (rapports) à l’adresse de la direction (résumés, transparents, conférences), en français et en slovène, « en veillant à ne vexer ni les uns, ni les autres » et en s’adressant « aux gens avec leurs références pour qu’ils puissent suivre et se sentir valorisés » (§4). Le parcours de médiation de ce chercheur bilingue et biculturel, qui gagnera la confiance de tous grâce à son autorité professionnelle et, surtout aux yeux des Slovènes, morale, réussit à créer ce que Arnaud Stimec (2000, III, §3) appelle « une ouverture dans le système conflictuel », aidant les partenaires à renoncer peu à peu à leurs positions incompatibles pour se concentrer sur leurs intérêts communs matériels (les problèmes à résoudre) et relationnels. Les discours de ce médiateur empathique favorisent aussi

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