AGAPES FRANCOPHONES 2012

530 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 Québec a connu une évolution un peu différente de celle de France. Jusqu’aux années 1960, la chanson au Canada francophone était, au point de vue du style et de la versification, une souple balade à l’instar de celle que chantaient les Français, sauf qu’elle avait une mélodie américaine, disons un mélange d’Europe et d’Amérique censuré. Cependant, son statut change à partir des années 1960 où elle vit une sorte de révolution ; la langue est prise telle qu’elle l’était, c’est-à-dire avec toutes ses particularités, sans censure. C’est la période où le joual va prendre tout son essor. Le joual est plus près du rock et du blues que de la balade française. Dans les décennies 60 et 70, la chanson ne peut plus se réaliser hors de son temps, de sa géographie, de sa société, de son « pays », imaginaire ou réel. La langue des groupes progressifs soutient une affirmation nord- américaine de la culture. Le joual cesse d’être puni et méprisé, il devient une force subversive. Cette dualité nous informe, par ailleurs, d’un vécu quotidien et d’une situation sociale de la langue reliée à sa dimension politique. (Beaulieu 2005, § 8) 4 Sur cette nouvelle scène québécoise vont apparaître de nombreux artistes parmi lesquels nous avons choisi Plume Latraverse. Il s’agit d’un bâtisseur de la chanson québécoise qui a remporté de nombreux prix dont le Prix pop-rock accordé au meilleur parolier québécois. Dans ses chansons, le joual est exprimé dans toute sa puissance et dans tous les niveaux linguistiques. Comme support pédagogique nous avons choisi la chanson « Jonquière », parue dans son album Pomme de la route (1975). Dès la première écoute de la chanson, nous pouvons remarquer un accent qui est différent de celui de France, ainsi qu’un vocabulaire imprégné d’un mélange de français et d’anglais. Nous pouvons aussi voir que les paroles n’ont pas été soumises à la loupe de la « censure ». De cette manière, son style laisse une marque très significative dans la culture québécoise. Il s’adresse à un public familier, qui comme lui accepte toutes les qualités et tous les défauts de la société québécoise. Pour travailler sur cette chanson, nous proposons les stratégies suivantes : - compréhension orale : avant l’écoute, donner aux apprenants le titre de la chanson (« Jonquière ») et leur demander ce qu’il pourrait signifier (un des trois arrondissements urbains de la ville de Saguenay, au Québec) ; sensibiliser les apprenants à une nouvelle variété du français ; attirer l’attention sur le rythme et l’accent de la chanson, poser des questions sur les différences phonétiques entre la variété du français québécois et le français standard ; 4 Disponible sur : http://archives.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=2235&noj=238.

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