AGAPES FRANCOPHONES 2012
540 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 linguistique : l’arabe dialectal, langue d’origine des parents, le français soutenu appris à l’école et le français courant de la vie quotidienne. Il est intéressant d’étudier l’ensemble des configurations discursives mises en place par les narrateurs pour libérer toutes ces langues de leur cloisonnement en les invitant à se mêler dans une fusion dont seul l’humour garantit l’efficience. Les romans du corpus sont porteurs d’une représentation de la voix dans la mesure où les jeunes luttent pour reconquérir leurs paroles dans la cacophonie communautaire et sociale. Nous nous référerons aux travaux de Bakhtine qui relient l’écriture humoristique au plurilinguisme romanesque . Selon lui, le style humoristique repose sur « la stratification du langage littéraire et sa diversité, plurilinguisme dont les éléments doivent se projeter sur différents plans linguistiques » (Bakhtine 1978, 131). Les différentes langues qui se mêlent contribuent à réfracter les intentions de l’auteur vu qu’elles sont porteuses de visions du monde différentes. Le récit humoristique ne s’approprie pas un seul langage « mais [a] son style, sa règle unique et organique d’un jeu avec les langages et d’une réfraction en eux de ses intentions sémantique et expressive ». (Bakhtine 1978, 132) Dans le contexte du plurilinguisme, les choses ne semblent pas si simples et la problématique de la voix d’une génération prise dans les tenailles de l’entre-deux langues et cultures s’impose avec acuité. Cela donne matière à une représentation humoristique de cette cacophonie qui est à la fois étouffante et libératrice pour les narrateurs et leurs personnages. Ces récits se moquent des manières de parler des personnages dont le statut socioculturel est concrètement défini – surtout des immigrés et des jeunes des cités. D’autres strates du langage font aussi l’objet de la réécriture humoristique, entre autres le discours littéraire qui se caractérise par le recours aux bribes de l’arabe dialectal qui émaillent les phrases. Cette étude examine donc les composantes des énoncés où « se confondent en réalité deux énoncés, deux manières de parler, deux styles, deux “langues”, deux perspectives sémantiques et sociologiques » (Bakhtine 1978, 121). Cette configuration romanesque est ancrée dans un espace socioculturel de la périphérie représenté par la trame fictionnelle. Nous analyserons l’univers verbal construit qui permet la circulation et la (re)construction des langues qui définissent l’identité plurielle du sujet issu de l’immigration. Nous avons remarqué que ces écrivains offrent particulièrement un humour fondé sur l’hybridation des positionnements sociaux variables des jeunes à travers des choix linguistiques différents. Or, le choix de l’emprunt en arabe relève moins d’une opération discursive ethnicisante que d’une stratégie langagière, ensuite sociale. Il relève de l’interlangue qui « n’est pas seulement composée de formes correctes et de règles propres au système et à la norme de la langue-cible, mais aussi de formes grammaticalement incorrectes et de règles non
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