AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 541 conformes à la langue cible » (Moura 1999, 86). Ce concept, emprunté aux approches pédagogiques des erreurs des apprenants dans le processus d’apprentissage d’une langue étrangère, est adapté à l’analyse des textes francophones dans le cadre de la théorie postcoloniale. L’ interlangue de ces narrateurs ne renvoie pas à une performance défaillante de la part de ces locuteurs. Leurs phrases sont volontairement déviantes dans la mesure où ces narrateurs connaissent les conventions de la langue française mais choisissent volontairement de ne pas s’y conformer. L’interlangue mélange les registres de langue, familier et argotique, fait passer des mots d’une langue à l’autre. Le mélange linguistique qui est particulièrement fondé sur l’alternance codique parait non conforme aux règles connues de la langue cible, celle du pays d’accueil. L’interlangue révèle la nature instable de ce dialecte prisé par les jeunes issus de l’immigration maghrébine. Ce fait linguistique n’est pas la langue d’une communauté linguistique mais un ensemble de formes idiosyncrasiques , d’un dialecte individuel. L’extrait suivant semble le prouver : Patron semble épuisé, crevé d’avoir fait valser son partenaire le narrateur- piqueur sans relâche, crevé aussi d’avoir mené ce tango tumultueux avec « Franssa » pendant presque quarante ans. (Guène 2006, 34) Ce vocabulaire en arabe (dont « Franssa » est un exemple) est l’un des éléments constitutifs de l’acte scripturaire lui-même et témoigne notamment de la ferme volonté de ces narrateurs de mettre à jour l’entre- deux culturel et linguistique de leur identité. Il exprime leur attachement aux particularismes de leurs univers socio-symboliques. La narratrice du roman Du rêve pour les oufs se plaint de la maladie de son père victime d’un grave accident de travail, en rappelant au lecteur les conditions de travail des immigrés algériens qui sont venus s’installer en France après l’indépendance de l’Algérie. Il est important de noter que la narratrice opte pour la mise en exerce du mot « France » qui a subi le phonétisme de l’arabe algérien « Franssa ». Il n’a fait l’objet d’aucune note d’explication à l’adresse d’un lecteur n’ayant pas accès à cette langue, du fait de la proximité formelle avec le français. « Patron » désigne une appellation affective qui remplace « père » dans le discours des jeunes issus de l’immigration. L’extrait suivant propose une autre technique d’intégration des mots qui ne relèvent pas du vocabulaire du français : – Qu’est ce que tu veux leur offrir au pays ? Il n’y a même pas de travail pour les enfants du chaâb et tu crois que tes enfants franssaouis vont en trouver ? (Guène 2006, 89) La narratrice est inquiète pour l’avenir de son frère qui n’a pas réussi à s’intégrer à la société française après son échec scolaire. Elle demande

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