AGAPES FRANCOPHONES 2012

542 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 conseil à un des amis de son père, un ancien immigré à la retraite, sur la possibilité de revenir dans le pays d’origine pour une nouvelle vie. Ce dernier répond en utilisant deux termes significatifs dans le discours des Algériens exilés : « chaâb » et « franssaouis ». La narratrice choisit les notes de bas de page pour donner les deux significations : chaâb « peuple » en arabe et franssaouis « français » en arabe. Ces deux termes sont lourds de sens pour ce personnage dont le passé renvoie à des réalités historiques qui lient les deux pays. Ils évoquent l’Histoire de ce peuple qui est perpétuellement en contact avec l’Autre avant et après la colonisation. Mais leurs enfants subissent les séquelles de ce contact par un double rejet d’une rive à l’autre. Le travail de reformulation dans ces deux passages éloignés l’un de l’autre – le premier au début l’autre presque à la fin du roman – accentue les touches humoristiques qui rappellent la signification culturelle et historique. Nous devons souligner que cet humour cristallise, par le biais de l’interlangue, dans le roman Du rêve pour les oufs (2006) de Faïza Guène, le projet de la narratrice de prouver que le contact linguistique pourrait être une première étape pour un rapprochement intercommunautaire. Les mots pourraient rappeler l’Histoire sans recourir à des accusations implicites, révélant des maux qui doivent être compris et apaisés. Le réemploi humoristique de l’emprunt en arabe relève moins d’une opération discursive ethnicisante que d’une stratégie littéraire faite pour un rappel historique moins douloureux, si ce n’est pour une critique sociale. Par ailleurs, la mise en scène de l’interlangue dans ces œuvres brocarde toute homogénéisation stérile de la langue, sous prétexte de purisme langagier. La variation linguistique s’impose bon gré mal gré dans l’environnement linguistique immédiat des jeunes ouverts à tous les mélanges de langues : Nous nous sommes présentés à quatre ou cinq devant le monsieur des cadeaux et il m’a désigné du doigt illico presto. Direct, comme s’il n’avait vu que moi dans la cohue. La baraka ! (Begag 1989, 12) Le terme « Baraka » signifie, en arabe dialectal, « la bénédiction (de Dieu, des parents) ». Il fait partie des termes qui ont trouvé leur place dans le lexique de la langue française à travers un usage familier du terme. Il s’agit d’un emprunt du nom au féminin qui date de 1903 et qui signifie « chance » 1 . Béni, un jeune français d’origine algérienne, narrateur de l’histoire, s’ingénue à jouer avec des termes puisés dans le répertoire de la 1 Voir le dictionnaire Le Nouveau Petit Robert , sous la direction de Josette Rey-Debove et Alain Rey, 1993, 217.

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