AGAPES FRANCOPHONES 2012
AGAPES FRANCOPHONES 201 2 545 narrateur construit un univers verbal qui mêle des termes mis côte à côte de deux langues composant son capital linguistique à des représentations sociales qu’il tente de déconstruire. Le substantif désignant une couleur peut être interprété comme une note exotique pour séduire son lecteur mais il ne peut pas échapper à une connotation négative qui dénonce l’image figée du jeune français d’origine africaine dans l’imaginaire social, devenant une victime des excès de contrôle. Par ailleurs, le substantif au féminin « carlouchette » est une note d’un humour tendre tourné vers l’imaginaire collectif maghrébin et ses critères sélectifs de la beauté féminine. Il renvoie à la couleur de peau de la femme au teint foncé qui est souvent considérée comme étant moins belle qu’une femme au teint clair. Béni se moque de l’attrait qu’exerce une femme de peau blanche sur les Maghrébins. D’ailleurs, le récit s’appuie sur une adaptation des termes selon la situation d’énonciation propre à chaque personnage : nous passons d’une intention moqueuse de traduire une métaphore poétique « les belles gazelles blanches », reprise dans les chansons maghrébines, à une critique moqueuse implicitement sévère de certains comportements xénophobes déplorés par le narrateur. L’écrivain issu de l’immigration est un véritable passeur de mots « dont la création maintient la tension entre deux (ou plus) idiomes et parfois même, dans le cas de l’interlangue, rompt la norme linguistique afin de se forger un langage propre » (Moura 1999, 78). Le narrateur Béni tente d’élargir la norme linguistique française pour insérer de nouvelles significations qui expriment la situation d’énonciation avec plus de pertinence qu’une écriture scrupuleuse de respecter les règles du français correct. Béni tente de donner une forme esthétique à ces termes connus du lecteur français ou qu’il essaie de lui faire connaitre. Il a non seulement créé un imaginaire qui correspond à ce vocabulaire hybride mais a aussi su donner une représentation souvent humoristique du pluri-ethnisme en France. Ce mode d’écriture fait finement varier toutes les formes d’hybridation et de différenciation langagières, en montrant leur impact évident sur le parler des jeunes. D’ailleurs, l’insertion dans la langue vernaculaire de mots ou d’expressions empruntés à la langue des parents est le signe d’un lien symbolique avec la langue maternelle dans une perspective valorisante. Ces traces arabes sont porteuses de sens originaux multiples et savoureux qui interpellent un lecteur averti si ce n’est attentif au jeu discursif mis en place par le narrateur. Le récit de Mehdi Charef, Thé au harem d’Archi Ahmed (1983), relate les déboires des immigrés et de leurs enfants nouvellement installés en France. Il insiste surtout sur les liens de solidarité tissés entre ces étrangers et les autres Français pauvres, leurs voisins en chômage. Comme c’est le cas de leur voisine, Josette, une jeune mère célibataire :
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