AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 547 kiffe demain (2004), relate, non pas sans humour, les débuts de sa mère comme cuisinière dans la cantine d’une école : Seulement y a un petit truc qui l’embête : à la cantine, surtout, le mardi, elle sert du porc et elle croit qu’elle va aller en enfer à cause de ça. Une fois elle m’a fait une confidence. Elle m’a dit que le « haâlouf », ça avait l’air bon quand même… ça m’a bien fait marrer. (Guène 2004, 139) Les narrateurs insistent sur ce métissage linguistique qui met en valeur ce fond culturel maghrébin, ce qui permet souvent d’une manière subtile d’avouer les paradoxes qui habitent ces sujets immigrés confrontés à des réalités en désaccord avec l’éducation communautaire. Le mot « haâlouf » – « porc » en arabe – révèle le tabou religieux et trahit le sentiment de culpabilité. Ce mot est mis en guillemets car il crée une rupture discursive dans le passage. Ce décalage indique la présence du « discours autre » dans le discours, ou ce que Jacqueline Authier-Revue (1992) appelle « l’hétérogénéité énonciative ». L’hétérogénéité est un des soubassements identitaires du profil de tout sujet locuteur car l’altérité est au cœur de tout discours (Authier-Revue 1992, 108). Autrement dit, la présence de l’altérité énonciative remet en cause la notion d’homogénéité dans le texte. Qu’on en juge : « Je vais dans mon cartable, je l’ouvre, en retire une page de cahier et un stylo noir puis je reviens dans le living-roomi » (Begag 1989, 26). Le terme « living-roomi » est obtenu par une reléxification du mot en anglais, renvoyant au référent de salle de séjour. Il traduit le désir « de former un nouveau médium littéraire, un troisième code » (Moura 1999, 10) qui dépasse une simple fantaisie humoristique d’ordre verbal. Le terme en anglais arabisé signifie, d’ores et déjà, sous la plume de son inventeur, le salon occidental. Il tente de réduire l’étrangeté très forte d’un terme et d’assurer la cohérence du texte par le biais d’une adaptation littéraire, en respectant le canon esthétique de la littérature française. Les traces de l’arabe offrent une matière riche de sens à l’humour qui attaque la conception monolinguistique dans le pays d’accueil, par la marginalisation de toutes les variétés linguistiques constitutives du tissu social. Le pays de naissance n’est pas un simple espace accueillant des ethnies d’origines diversifiées, il est aussi un lieu ouvert à toutes les interactions linguistiques et culturelles proposées par des populations qui, de part l’Histoire et les mouvements migratoires, sont appelées à cohabiter. Il est vrai que ce phénomène linguistique provoque des situations humoristiques que les lecteurs ont souvent appréciées (vu le succès remarquable des premiers romans de ces écrivains) mais il prouve, par ricochet, que toute langue minoritaire interroge à la fois le positionnement du locuteur et celui de la culture dominante. Son introduction progressive

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