AGAPES FRANCOPHONES 2012
548 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 dans la langue majoritaire fait « qu’elles se servent mutuellement de repoussoir ». (Ertel 1980, 70) Dans tout pays, la langue des groupes minoritaires peut devenir, au fil du temps, une composante subversive « une sorte de cheval de Troie à l’intérieur de la culture dominante » (Ertel 1980, 70). À travers ces exemples, nous pouvons, sans doute, saisir la portée humoristique et la force expressive de l’interlangue qui devient un substrat fondamental de la structure textuelle, à l’intérieur de laquelle les énoncés prennent sens. Dans les récits, il ne s’agit pas de simple traduction mais de vrais processus de fusion des langues apprises à la maison, dans la rue et à l’école. Le traitement littéraire des traces arabes n’obéit pas aussi à un projet scripturaire cherchant des notes d’exotisme superficiel, bien que leurs sens soient évocateurs d’un ailleurs culturel, linguistique et symbolique séduisant. Le narrateur souligne toute son importance dans la construction de l’identité individuelle du sujet issu de l’immigration : Abboué a tout misé sur l’un de ses enfants, un génie (…) : Ben Abdellah, alias Béni, Béni c’est moi, « mon fils » dans la langue du Prophète, béni dans celle du Christ, anagramme de bien dans celle du Petit Robert. (Begag 1989, 35) Le narrateur s’efforce de susciter l’intérêt du lecteur par le biais de la singularité des significations positives de son prénom qui, à la base, repose sur des paradigmes identitaires maghrébins : Ben « fils de» (particule d’affiliation généalogique) associé à Abdellah (serviteur de Dieu) ne sont pas très étranges, vu qu’ils trouvent leurs équivalents dans la langue de l’Autre. L’alternance des mots et des unités lexicales dégrade la densité de l’altérité, en rapprochant des imaginaires souvent considérés comme contraires. De la dénomination particulièrement maghrébine au discours religieux chrétien et au sens admis par le dictionnaire, ces significations traduisent une certaine « dilution des frontières » (Tabouret-Killer 2005, 128) assurée par la diversité des soubassements linguistiques qui résultent du brassage culturel. Les termes en arabe qui émaillent les paragraphes dans ces romans créent l’hétérogénéité énonciative constitutive du discours de ces jeunes issus de l’immigration dont l’ethos socioculturel met en scène leur identité sociolinguistique. En effet, ces traces d’une langue autre dans le discours de ces narrateurs dessinent le profil de ces locuteurs qui prennent en charge l’énonciation narrative. Du point de vue socioculturel, ils laissent deviner une identité aux trois facettes : Français d’origine maghrébine et adolescents vivant dans les banlieues. Ces caractéristiques assez hétérogènes semblent déterminer l’acte scripturaire car elles se manifestent langagièrement d’une manière
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