AGAPES FRANCOPHONES 2012

AGAPES FRANCOPHONES 201 2 549 ostentatoire dans leurs textes. Ainsi, le paradigme identitaire maghrébin de ces narrateurs est mis en exergue par le paratexte – le nom des auteurs – et par ces termes arabes qui sont souvent traduits par leurs équivalents en français ou par des périphrases explicatives. Cet espace de référenciation par les faits de langue et de culture renvoie à des éléments d’identification à la maghrébinité qui sont motivés dans tous ces romans et semblent même être revendiqués. Il est intéressant de comparer la manière de représenter les marques linguistiques socioculturelles maghrébines et françaises qui constituent l’identité double du narrateur dans par exemple Le Gone du Chaâba (1986) et Béni ou le paradis privé (1989) de Begag, dont les différentes dates de publication rendent compte d’une réflexion profonde, sans doute, sur le récit humoristique et la représentation du plurilinguisme. Le petit Azouz s’interroge déjà sur l’arabe qu’il parlait avec ses parents : À la maison, l’arabe que nous parlons ferait certainement rougir de colère un habitant de La Mecque. Savez-vous comment on dit les allumettes chez nous par exemple ? Li zalamite. C’est simple et tout le monde comprend. Et une automobile ? La taumobile. Et un chiffon ? Le chiffoun. Vous voyez, c’est un dialecte particulier, qu’on peut assimiler aisément, lorsque l’oreille est suffisamment entraînée. (Begag 1986, 167) Les réalités langagières typiquement maghrébines se manifestent d’une manière concrète dans le récit de formation qui relate les péripéties d’insertion d’un petit Français d’origine algérienne dans son environnement linguistique immédiat. La représentation humoristique tente de rafraichir la mémoire des lecteurs en leur rappelant un fait de l’Histoire qui relie les deux pays et qui est souvent oblitéré, étant à l’origine des influences réciproques entre les deux langues arabe et française : l’arabe dialectal du pays d’origine a été toujours au contact du français, avec toutes ses variétés - populaires ou régionales - au point d’en garder quelques marques du passé colonial. Ce français arabisé qui est une pratique langagière courante dans les foyers des immigrés algériens entrave la maitrise correcte de la norme linguistique. C’est pourquoi, il décide de devenir un Français : « Depuis quelques mois, j’ai décidé de changer de peau. […] Je veux être dans les premières places du classement, comme les Français… comme eux. Mieux qu’eux » (Begag 1986, 60). Le parcours du petit Azouz n’est pas aisé. D’ailleurs, les anecdotes du récit d’ascension de celui-ci offre un humour de soi touchant, tout en échouant à édulcorer l’image pathétique du déchirement psychique qui le rongeait entre les deux langues, l’arabe et le français, entre deux mondes symboliques hégémoniques contraignants et un choix existentiel difficile. Il choisit d’acquérir parfaitement la langue du pays d’accueil afin de s’assurer la réussite scolaire, bien que ce choix lui

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