AGAPES FRANCOPHONES 2012

550 AGAPES FRANCOPHONES 201 2 coûte la rancœur des membres de sa communauté d’origine, surtout les cousins recalés de la classe. Dans cette perspective, Marc Sourdot propose d’étudier ce roman comme une nouvelle écriture de recentration à travers « un discours normalisé, gage de l’intégration réussie » (Sourdot 1996, 111). Ce critique étudie toutes les techniques de reformulation des unités décentrées (en arabe ou en français arabisé) : reprise-traduction comme dans ce dialogue où la mère d’Azouz l’insulte par « finiane !», il répond par « oui, fainéant et fier de l’être » (Begag 1986, 96) ; l’équivalence stylistique entre par exemple Chemma/tabac à priser : « Bouzid [...] sort de sa poche une boîte de chemma, la prend dans le creux de sa main gauche et l’ouvre. Avec trois doigts, il ramasse une boulette de tabac à priser » (Ibid, 53). L’utilisation des parenthèses est un autre procédé pour expliquer ces mots aux lecteurs non initiés à l’arabe : « Elle s’est levée tôt pour occuper le seul point d’eau du bidonville : une pompe manuelle qui tire de l’eau potable du Rhône, l’bomba (la pompe). » ( Ibid ) Conscient des différences linguistiques qui particularisent son parler, le narrateur tente de normaliser sa pratique langagière afin de l’intégrer harmonieusement dans son texte rédigé en français correct, par le biais, de cette « isotopie de la re-centration » (Sourdot 1996, 112). Cet effort stylistique prend pour appui l’explication para-textuelle sous la forme de trois annexes à la fin du récit : un guide de la phraséologie bouzidienne où certains mots en français obéissent à une transposition phonétique dans le parler de Bouzid, le père d’Azouz. Il s’agit des termes comme tilifiziou pour télévision, boulicia pour police, et un autre court dictionnaire du lexique bouzidien qui reprend des termes empruntés à l’arabe dialectal de l’Est de l’Algérie, celui de la région de Sétif : Abboué (père), chkoun (qui est ce ?). Enfin, la dernière annexe contient un court glossaire de mots appartenant au parler lyonnais, comme le cas du terme gone/gamin de Lyon qui explique, par ricochet, le titre du roman. Cette information factuelle est adressée au public français et témoigne, à l’en croire Daniel Delas, « d’une sorte de désir de donner au récit une caution scientifique comme ces glossaires qu’on trouve dans les récits d’explorateurs des contrées lointaines ou à la fin des poèmes d’un écrivain africain comme Senghor. » (Delas 2004, 92) Le second roman Béni ou le paradis perdu (1989) obéit, nous semble-t-il, à une certaine stratégie de la re-centration dans la mesure où les unités décentrées s’intègrent, sans aucun marquage, dans les structures en français. Prenons ces exemples : « Ça y est, je dis à Abboué qui réfléchissait à la suite des nouvelles : – Zide ? – Zide quoi ? » (Begag 1989, 25). Béni demande à son père d’ajouter/Zide d’autres informations pour les inclure dans une lettre qu’il écrivait. Irrité, le père s’inquiète et pose la question : quoi ? – « Il a dit : – Ouéche ? Qu’est ce qu’il t’arrive la vieille ? »

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